AIOL

 

Manuscrit : B.N.F. fr. 25516 (du folio 96 au folio 173)

Vers : 10983 (mélange d'alexandrins et de décasyllabes).

Laisses : 286

Date de composition : Entre 1150 et 1173 selon J. Normand et G. Raynaud pour la première partie. Pour la deuxième partie de la chanson, Levy la date de la première moitié du XIIIe siècle. Quant à Normand et Raynaud, il la place dans la première moitié du XIIIe siècle. Robert Bossuat estime que la chanson date du XIIIe siècle.

Auteur : Inconnu.

Langue : Picarde.

Edition : 1) Jacques Normand et Gaston Raynaud, Paris, 1877, Société des Anciens Textes Français.

             2) Aiol et Mirabel und Elie de Saint Gille, zwei altfranz. Heldengedichte mit Anmerkungen und Glossar une einem Anhang, hgg. v. W. Foerster, Heilbronn, 2 vol., 1876-82.

Cette chanson ne peut être rapprochée d'aucun cycle.

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La chanson d'Aiol raconte les aventures d'un jeune chevalier qui veut recouvrer le fief de son père. Puis, dans une deuxième partie, le trouvère chante l'affrontement entre Aiol et le traître Makaire.

Elie, époux d'Avisse, soeur de Louis fils de Charlemagne, a été injustement chassé de France par suite des intrigues du traître Makaire de Lausanne, et malgré de nombreux services rendus à la royauté en combattant les Sarrasins. Il s'est réfugié avec sa femme dans les landes de Bordeaux. Là, Avisse met au monde un fils à qui une circonstance fortuite de sa naissance fait donner le nom d'Aiol. Très jeune encore, celui-ci revêtu des vieilles armes de son père et monté sur son ancien destrier Marchegai, part seul en France pour reconquérir les fiefs dont Elie a été injustement dépossédé. Après avoir fait ses premières armes contre des Sarrasins, ensuite contre des voleurs pillant une abbaye, il arrive à Poitiers. Les habitants de cette ville peu hospitalière se moquent de ses vieilles armes, de sa lance " torte et enfumée, " de son cheval maigre et déferré. Aiol répond noblement à leurs moqueries. Un ribaud, sortant d'une taverne, insulte Aiol et saisit Marchegai par la bride : le vaillant cheval le renverse d'un coup de pied. Un ancien sénéchal d'Élie, Gautier de Saint-Denis, prend pitié d'Aiol et lui donne gîte pour la nuit. Le lendemain matin Aiol se remet en route, et, vainqueur d'un lion terrible, effroi de la contrée, il arrive le soir à Châtellerault. Quittant cette ville le lendemain, après de nombreuses aventures, entre autres la rencontre d'un riche pèlerin, Renier, duc de Gascogne, il arrive à Blois qu'il ne fait que traverser, puis à Orléans. Là, même scène qu'à Poitiers, mêmes insultes de la populace, même épisode du ribaud prenant Marchegai par la bride et renversé par lui. Ysabel, tante d'Aiol, le reçoit et l'héberge ; Lusiane, sa fille, cousine germaine d'Aiol, se sent prise pour le chevalier d'un vif amour qu'elle lui avoue assez vite et trop franchement, et que le jeune homme repousse.
Le roi de France est en ce moment à Orléans, engagé dans une guerre contre les Berruiers qui, sous la conduite de leur chef le comte de Bourges, menacent sans cesse la ville. Ce comte de Bourges se trouve être neveu d'Élie et cousin germain d'Aiol, et c'est pour rendre à Élie les fiefs dont il a été dépossédé, qu'il combat le roi de France. Aiol, sans se soucier des plaisanteries qui l'assaillent et que le roi lui-même fait sur son compte, entre fièrement en lice avec quatre chevaliers ennemis venus pour porter un défi au roi Louis. Vainqueur de ses adversaires, il en trouve un nouveau dans le comte de Bourges qui vient secourir ses chevaliers d'une troupe nombreuse. La bataille devient générale : Aiol, poursuivant le comte de Bourges, le force à lui demander merci et le remet prisonnier aux mains de l'empereur, mais apprenant que le comte de Bourges n'est autre que son cousin, il demande et obtient sa grâce à condition qu'il se soumette. A la suite de si brillants exploits, Aiol entre en faveur auprès du roi, qui le comble de bienfaits. En chevalier généreux, Aiol en fait profiter tout le monde, et envoie à son père un messager pour lui annoncer sa réussite et lui porter quelques secours.
Pour répondre à un défi porté à l'empereur par le roi Mibrien, Aiol est envoyé à Pampelune comme messager auprès de ce roi. Il part accompagné de deux chevaliers de la cour de Louis, qui lui servent d'écuyers, Jobert et Ylaire. Arrivé à Pampelune où est le roi Mibrien. il enlève sa fille Mirabel, et après de nombreuses et interminables aventures, poursuivi sans cesse par les parents du maître Makaire ou bien par des
Sarrasins, et sortant toujours vainqueur du combat, il arrive enfin avec sa captive à la cour du roi de France. Il dévoile alors à Louis son nom et sa naissance (ce qu'il n'avait pas fait encore jusqu'ici sans raison.bien appréciable), réclame les biens de son père qui lui sont rendus, et épouse Mirabel après l'avoir fait préalablement baptiser.
Makaire n'abandonne pas ainsi sa vengeance : disgracié à la cour du roi, il réunit une armée composée de Bourguignons et de Lombards, vient s'embusquer auprès de Langres où Aiol se rend avec sa femme après ses noces, les surprend, les fait prisonniers et les emmène à Lausanne où il les enferme en prison. Là, Mirabel met au monde deux jumeaux. Makaire, assiégé dans Lausanne par le roi de France et Élie revenu à la cour, s'empare des enfants d'Aiol et les jette dans le Rhône. Le pêcheur Tieri, un nouveau venu dans le poème, les sauve et les conduit à Tornebrie, à la cour de Grasien, roi de Venise. C'est là qu'Aiol, échappé de Lausanne avec Makaire et conduit par le traître auprès du roi Mibrien, les retrouve plus tard. Quant à Mirabel, elle est restée, pour n'avoir pas voulu renoncer à la foi chrétienne, emprisonnée chez son père ; c'est afin de la délivrer qu'Aiol, honoré pour ses exploits à la cour de Grasien, entraîne le roi de France et les Vénitiens à venir mettre le siège devant Pampelune. La ville est prise, Mirabel délivrée, et Makaire subit la peine de ses forfaits : il est écartelé.

 

Voici la première laisse de cette chanson : 

Signor, or escoutés, que Dieus vos soit amis
Li rois de sainte gloire qui en la crois fu mis,
Qui le ciel et le tere et le mont establi
Et Adan et Evain forma et benei !
Canchon de fiere estoire plairoit vos a oir ?
Laissiés le noise ester, si vos traiés vers mi.
Cil novel jougleor en sont mal escarni :
Por les fables qu'il dient ont tout mis en obli ;
La plus veraie estoire ont laisiet et guerpi :
Je vos en dirai une qui bien fait a cierir.
A tesmoig en trairoie maint franc home gentil
Et maint duc et maint conte et maint riche marchis.
N'est pas a droit joglere qui ne set ices dis,
Ne doit devant haut home ne aler ne venir ;
Teus en quide savoir qui en set molt petit,
Mais je vos en dirai qui de lonc l'ai apris.
Il ot en douce France un boin roi Loeys,
Si fu fieus Karlemaigne qui tant resné conquist,
Qui de tant riche roi la corone abati ;
Il ot une seror, ainc tant bele ne vi :
S'avoit a non Avisse al gent cors signori,
Il n'ot tant bele dame en .LX. pais.
Il plot a Dameldieu qui onques ne menti
Que mors fut Karlemaignes et a Ais enfouis.
A Loeys re(s)mest li tere et li pais.
Li traitor de France l'ont de guere entrepris :
Loeys ne set mie u se puisse vertir,
N'en quel de ses chastieus il se puisse garir
Enfressi que al jor que vos poés oir
Que il sa serour done a un conte gentil
Il ot a non Elies, molt fu preus et ardis,
Ainc mieudre chevaliers nen ot auberc vesti(s) ;
Quant il ot espousee la seror Loeys,
Son droiturier signor par qui il ert cheris,
Les traitors de France par armes acoilli
La ou il les pot prendre, ainc raençon n'en prist
Ne avoir ne loier onques n'en requelli :
Del prendre et de l'ochire estoit cascun[s] tous fis,
Et con plus ert haus hom, plus grant justice en fist ;
Ainc n'espargna le grant nie[n]t plus que le petit.
Ançois que li ans fust passés ne acomplis,
Ot il si bien le roi aquité son pais
Que il n'avoit nul home qui guerre li fesist.
Loeys li fieus Karle mal gueredon l'en fist :
Il li toli sa tere et chou qu'il dut tenir,
Et le cacha de France a paine et a essil
Par le conseil Makaire, que ja Dieus nen ait,
Un mavais losengier, un quiver de put lin.
Es landes de Bordele s'en est li dus fuis,
Puis furent tel .VII. an(s) c'onques ne but de vin ;
Moysès, uns hermites, le porcacha et quist,
Par dalés sa capele .I. abitacle fist.
La dame estoit enchainte quant ors de France issi :
Quant vint en l'ermitage, si delivra d'un fil,
Issi con Dieu[s] le vaut et lui vint a plaisir.
Onques nus plus biaus enfes de mere ne nasqui,
Sel leva li hermites et crestian en fist,
Bapteme li dona en son moustier petit,
N'avoit home ne feme ne vale[t] entor l(u)i
U peust prendre non que donner li poist ;
Mais ore m'entendés comment il li avint.
Tant avoit savagine [en ic]el bois foilli,
Culevres et serpens et grans aieils furnis ;
Par de jouste l'enfant .I. grant aiant coisi,
Une beste savage dont vos avés oi
Que tout partout redoutent li grant et li petit,
Et por icele beste que li sains hon coisi
L'apela [il] Aioul : ce trovons en escrit.
Puis fu il chevaliers coragous et ardis,
Et si rendi son pere tout quite son pais,
Et Dameldieu de gloire de si boin ceur servi,
Quant vi(e)nt après sa mort, que en fiertre fu mis:
Encor(e) gist a Provin, si con dist li escris.


Les interventions divines...

- L'épisode du serpent (vers 6146-6163).

- Les eaux du Rhône restent tranquilles pour sauver les enfants d'Aiol (vers 9196-9208).

 

Quelques remarques sur le texte...

"Ce mot aiol, que nous n'avons rencontré dans aucun autre texte, semble synonyme d'anguis, anguilla, aussi bien que du nom propre Aigulphus" (P. Paris, p. 275)

"Le mot aieil, nom de l'animal inconnu cité par le poète, semble plutôt dériver d'aviculus, mais ce n'est certainement que par suite de la ressemblance d'aieil et d'Aiol que la fable de l'origine du nom d'Aiol a été imaginée." (p. 5 de l'édition de Jacques Normand et Gaston Raynaud)

 

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