AYE D'AVIGNON

 

Manuscrit : B.N.F. fr. 2170 (ms. de base = A) (visualiser une reproduction); Bibliothèque Royale de Belgique à Bruxelles n°14635-37, après le folio 151 (B), Bibliothèque Nationale de San Marco à Venise ms. Cod.Lat. XI,129(=4198) (C) ; il existait également un manuscrit dans les archives de la commune de Vuillafans (D), publié par Paul Meyer, mais perdu par la suite. Enfin, il y a le ms. B.N.F. fr. 24726 (F) qui contient quelques vers de la chanson.

Vers : 4133.

Laisses : CLXXIX

Date de composition : Fin XIIe siècle ou début du XIIIe siècle. Certains s'avancent à donner une datation plus précise : entre 1195 et 1205 selon eux (cf. Borg, p. 137).

Auteurs : Il y en aurait deux selon Rudolf Oesten mais leurs noms restent inconnus. Par ailleurs, les conclusions d'Oesten ont été contestées, notamment par Anton Wihrler. Mieux vaut penser, jusqu'à preuve du contraire qu'il y a un auteur unique.

Langue : Ouest de la France pour un auteur et Centre ou Est pour l'autre selon Oesten mais rien n'est vraiment sûr.

Édition : 1) F. Guessard et P. Meyer, Paris, 1861 (Anciens Poètes Français, 6).

              2) S. J. Borg, Genève, Droz, 1967.

Titre également attesté : Aie d'Avignon.

Cette chanson appartient au cycle de Doon de Mayence et plus précisément à la geste de Nanteuil.

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Cette chanson raconte les aventures de Aye, fille du duc d'Avignon et nièce de Charlemagne, mariée au duc Garnier de Nanteuil. Elle est enlevée par Bérenger, fils de Ganelon et emmenée aux Baléares où l'émir Ganor s'éprend d'elle. Garnier, sans se faire reconnaître, offre ses services militaires à Ganor dans sa guerre contre Marsile, il tue Bérenger et enlève Aye qu'il conduit de nouveau en Avignon où elle lui donne un fils, Gui de Nanteuil. Ganor enlève le jeune Gui qu'il élève en son palais, comme un fils. Garnier meurt victime des traîtrises de ses ennemis ; Ganor et Gui viennent le venger, Gui récupère son héritage, le duché d'Avignon, Ganor se convertit et épouse Aye.

 

Orphelin de son père Doon, Garnier de Nanteuil est élevé par Charlemagne et par la reine Blanchefleur, et nommé bientôt sénéchal par l'empereur. Dans une guerre entre Charlemagne et le Saxon Guiteclin, l'empereur franc a fait subir une défaite écrasante à son ennemi, amis non sans perdre de ses meilleurs vassaux, dont Antoine duc d'Avignon et père de la belle Aye, promise par le duc à Béranger, fils de Ganelon. De retour en France, Charles donne Aye, sa nièce, en mariage à son favori Garnier de Nanteuil, et Béranger, jusque-là compagnon de Garnier, fort de la promesse d'Antoine, s'oppose violemment à la décision de Charles et réclame Aye pour lui-même. Quand Charles rejette fièrement cette demande, les parents de Béranger et de Garnier se lancent des injures, au point que ce dernier et Auboin en viennent aux mains. Charles fait jeter Auboin et son frère Milon en prison. (Laisses I à VI).

Après Pâques, on célèbre le mariage d'Aye et Garnier. Devant la cour réunie, Amaugin le Brun, neveu de Béranger, accuse à faux Garnier d'avoir voulu, au siège de Verbière, machiner l'assassinat de l'empereur, accusation répétée par Milon et par Auboin, que Charles a fait sortir de prison. Dans un combat singulier qui s'engage entre Garnier et Auboin, ce dernier, vaincu, s'avoue parjure envers Garnier : il avait porté faux témoignage contre lui avec l'espoir de le tuer au combat et de pouvoir de la sorte faire marier Aye à son frère Milon ; l'empereur, d'ailleurs, aurait lui-même promis Aye à Milon. Auboin est pendu (Laisses VII à XXIII).

Un muid de "mensois" rachète pour Milon les bonnes grâces de l'empereur. A la demande de Charles, il se réconcilie avec Garnier, mais ce n'est là que de la mauvaise foi qui coûtera la vie à Garnier. Charles doit bientôt partir au secours d'Anseïs de Cologne, attaquée par les Sarrasins. Garnier y portera l'oriflamme ; Aye rentrera à Avignon, escortée par Foucon, Guinemer et Girart de Riviers. Avant de partir avec Charlemagne, Milon s'arrange avec Amaugin et Sanson pour que ceux-ci dressent un guet-apens au bois de Valprée sur la route d'Avignon. Le stratagème réussit, Aye et ceux de son escorte qui ne sont pas tués, sont faits prisonniers. Un valet, cependant, s'évade et va chercher de l'aide auprès de Fouquerant et de Renier, neveux de Garnier. Fouquerant et Renier se précipitent au devant des traîtres ; Aye, profitant de la mêlée qui s'ensuit, échappe à ses ravisseurs et se réfugie dans une abbaye en ruines où habite une recluse, la marquise Audegonde, sœur d'Antoine d'Avignon. La bataille continue de plus belle au bois de Lorion, où les neveux de Garnier finissent par l'emporter sur ses ennemis et font prisonnier Sanson. Ils retrouvent Aye et rentrent tous en Avignon, avec un riche butin et de nombreux prisonniers. (Laisses XXIV à XXXVI).

Mais Béranger et Amaugin ne tardent pas à venir mettre le siège devant la ville. Amaugin tombe entre les mains des défenseurs et va rejoindre Sanson dans la chartre. Béranger fait venir à son aide Milon et Othon le Bavarois. Ensemble, ils parviennent bientôt à forcer la ville. Béranger rend la liberté à Sanson et à Amaugin et emmène Aye prisonnière à Grailemont. Charles rentre d'Espagne où il a défait les Sarrasins de Taragone et de Cordoue. Averti par des messagers, il se hâte vers Grailemont et met le siège devant le château. Béranger craint la victoire et la vengeance de Charles. Il s'enfuit donc en Espagne sur un bateau de marchands et emmène Aye avec lui. (Laisses XXXVII à LV).

On débarque à Aigremore, riche cité des îles de Majorque et royaume du Sarrasin Ganor, célibataire à la recherche d'une épouse. Il offre, en effet, d'acheter la dame à Béranger. Ce dernier repousse l'offre, une rixe éclate, les Français sont retenus de force. Survient un Sarrasin qui reconnaît Béranger et Sanson comme les fils de Ganelon. Ganor envoie les traîtres à Morinde auprès du roi Marsilion, fils de Marsile, qui saura bien récompenser les fils de Ganelon. Il garde Aye à Aigremor, où il l'épousera dans un délai d'un an. A Morinde, Béranger reçoit de riches terres avec la princesse Sarrasine Plumboie, sœur de Marsilion, pour femme. Il raconte tout ce qui s'est passé, vante les charmes de la belle Aye devant Marsilion. Si le Sarrasin parvenait à en avoir un fils, il aurait droit au trône de France. Mais Ganor, sommé par Marsilion de rendre Aye, s'y refuse fièrement et se prépare à combattre les fils de Marsile. Il a mis Aye dans la tour merveilleuse d'Aufalerne où trois reines Sarrasines la servent par amour et par dévouement. (Laisses LVI à LXVIII).

En France, Garnier rencontre un jour un pèlerin qui raconte comment il était tombé entre les mains des païens en revenant de Saint-Jacques. On l'avait vendu à Ganor, qui se défendait contre les fils de Marsile ; ceux-ci voulaient s'emparer de la belle Aye d'Avignon, retenue captive par Ganor dans la tour d'Aufalerne. Garnier et ses compagnons s'embarquent pour Aigremore après s'être fait rasé la barbe et les cheveux afin de se rendre méconnaissables. Mais Aye reconnaît immédiatement son mari lorsqu'il passe un jour sous la tour d'Aufalerne. Elle lui jette par le fenêtre son alliance ornée de trois pierres dont l'une a la vertu de préserver la virginité de la femme qui la porte. Les fils de Marsile descendent sur Aigremore. Dans les combats qui ont lieu, Garnier tue Béranger, qui a pris les armes pour les ennemis de Ganor, et faits prisonnier Sanson et Amaugin. La guerre finit par la déroute des fils de Marsile. Ganor, débarrassé de ses ennemis, part pour La Mecque. Il avait au préalable confié sa terre à Garnier dont il ignore toujours l'identité. Il reviendra dans un an épouser sa belle captive. Profitant de l'absence du Sarrasin, Garnier et ses compagnons pénètrent dans la tour d'Aufalerne, libèrent Aye, et avec elle Amaugin et Sanson, et font voile pour Grailemont. Garnier pardonne à Sanson et à Amaugin, leur donne en mariage ses deux sœurs et les fiefs de Grailemont et de La Roche. Aye et Garnier rentrent aussitôt à Avignon où Dieu leur donne un fils. C'est Gui le sauvage qui fera la guerre à Charlemagne. Mais la chanson n'est pas terminée : il en reste la plus belle part. (Laisses LXIX à LXXXVIII).

Ganor revient de La Mecque, apprend la ruse de Garnier. Il se déguise en pèlerin, lui et ses compagnons, et se rend bientôt en Avignon. Là, il rencontre Aye, lui fait cadeau de son anneau, qui préserve de la faim et de la soif, et de son gant. La duchesse envoie les pèlerins passer la nuit chez Garin Bonnefoi, le prévôt de la ville. Le duc Garnier est absent : il s'est rendu à Nanteuil dont il fait relever les murs. Au dîner, l'un des Sarrasins introduit dans un pâté une herbe qui endort tous ceux qui en mangent. Ganor s'enfuit en emportant le petit Gui qui était, lui aussi, chez le prévôt. Avant de s'embarquer pour sa terre, Ganor envoie un message à Aye par un vilain qu'il a rencontré au village. Les pèlerins, dira le vilain à Aye, c'étaient Ganor et ses hommes qui avaient enlevé Guion. A Aigremore, Ganor élève tendrement le petit fils de la duchesse et le nomme sénéchal. (Laisses LXXXIX à CII).

A Pâques, Garnier s'absente de la cour où ses deux beaux-frères, Sanson et Amaugin, s'acharnent à le brouiller avec le roi : ils l'accusent de "renfermer" Nanteuil sans l'autorisation royale. Ils offrent de tuer Garnier et parviennent, moyennant force présents, à obtenir l'acquiescement de l'empereur. Guichart et Aulori, les fils des traîtres, courent avertir Garnier du danger qui le menace. Sanson, Amaugin, Milon et Auboin arrivent bientôt devant Nanteuil. Dans les combats qui s'engagent, Auboin est tué, Sanson et Amaugin sont pris par les hommes de Garnier et jetés en prison. Leurs épouses demandent que Garnier leur rende leurs maris, Garnier refuse. Il pense plutôt envoyer ses beaux-frères à Ganor en échange pour le petit Gui. Aye se joint aux épouses de Sanson et d'Amaugin pour en dissuader son mari. Garnier décide alors de rendre ses deux beau-frères à Charlemagne pour que ce dernier lui pardonne son courroux. (Laisses CIII à CXXV).

Garnier se met en chemin pour la cour. Arrivé en Bourgogne, il apprend que Milon a mis au pillage Auberive, autre seigneurie de Garnier. Sanson et Amaugin s'offrent pour aider Garnier contre Milon. Suivent de longs combats entre les deux partis. Garnier est sur le point de reporter la victoire sur Milon lorsque Gautier et Hugon, deux hommes de Milon, foncent sur lui et le blessent mortellement. Garnier demande qu'on le porte devant Charles. Avant de mourir, Garnier confie au roi sa femme et sa terre. (Laisses CXXVI à CXXXIX).

Entre-temps, Milon est revenu à la cour. A force de cadeaux bien placés, il arrive à se faire accorder par Charles la veuve de Garnier et le fief d'Avignon. Aye refuse le mariage d'abord, puis demande un répit d'un an au terme duquel elle donnera sa réponse. Elle rentre ensuite en Avignon. (Laisses CXL à CXLIV).

Une bande de Sarrasins commandée par le roi Baudus fait irruption sur la terre de la duchesse, fait prisonniers Guichart et Aulori. Ce Baudus, tributaire de Ganor, refuse de payer son tribut et de rendre service à son seigneur, ce qui provoque une guerre entre les deux rois Sarrasins. Baudus fait lutter pour lui ses captifs qui sont bientôt pris par Gui, à la tête de l'armée de Ganor. Guichart et Aulori apprennent à Gui la mort de son père. Ganor se déclare prêt à venger le duc, si Gui lui promet sa mère Aye en mariage. Gui accepte avec enthousiasme l'offre de Ganor. (Laisses CXLV à CLXI).

Ganor et Gui se rendent en Avignon, où Aye est transportée de joie et de tendresse quand elle reconnaît son fils. A la prière de Gui, Aye promet d'accorder à Ganor le premier don qu'il lui demandera. Elle répète cette promesse devant Ganor. Dans l'intervalle, Milon s'est joint tous les parents de Ganelon ; il vient maintenant saisir Aye qu'il veut faire brûler. Dans les combats qui suivent, et auxquels Aye assiste du haut de sa tour, Gui tue Milon, et les survivants du parti des traîtres se rendent aussitôt. Ganor rappelle à Aye sa promesse et demande sa main en mariage, Aye accepte, elle n'y met qu'une condition : Ganor devra se faire chrétien. Ganor se fait baptiser, lui et ses barons, et fait couper la tête à ceux qui refusent. On célèbre le mariage d'Aye et de Ganor ; la nuit même, le roi engendre un fils, Antoine, qui aidera par la suite son frère Gui contre les parents de Ganelon. Ganor exprime bientôt le désir de renter à Aigremore. Désormais, on va conter l'histoire des luttes de Gui contre les parents de Ganelon. (Laisses CLXII à CLXXIX).

La continuation de cette chanson s'appelle Gui de Nanteuil.

 

Voici la première laisse de cette chanson : 

Segneurs, or faites pes, que Diex vous puist aidier !

S'orrez bone cha(n)çon qui moult fet a prisier

Si come Charlemaine fist alever Garnier,

E la franche roïne qui moult le tenoit chier.

L'enfant fu preus e sage, en li n'ot qu'enseignier.

Quant li rois va en bois, ne le vot pas laissier : 

Ou il porte son arc ou il tient son estrier. 

E quant va en riviere, o lui maine Garnier :

Ou il porte l'ostor ou le faucon gruier.

Quant le roi veut dormir, Garniers est au couchier,

E dit chançons e sons por le roi solacier.

Jamés n'orrez tel honme por gent esbanoier.

Quant vint a ce termine qu'il pot armes baillier,

Li bons rois l'adouba, ne volt plus delaier.

De sa cort li donna le plus riche mestier :

Il le fist seneschal e son gonfanonier.

Celui n'oblia mie, ainz prist a chevauchier

Avec lui maint baron, car il veut sormarchier

Les anemis le roi, confondre et abaissier.

Moult estoit preus e sages e larges despensier ;

Desus tous autres honmes est li bruis de Garnier.

En la cort ot .I. duc qui ot non Berengier ;

Cil fu fiz Ganelon, si con j'oï noncier.

E furent conpaignon entre lui e Garnier ;

Mes por une pucele murent tel enconbrier

Dont morurent as armes plus de .M. chevalier, 

E .C. yglises arses, (e) confondu li clochier.

Desormés en orrés la chançon commencier.

 

Les interventions divines...

- Aye traverse une eau infranchissable (vers 9018-9023).

 

 

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