BERTHE AUX GRANDS PIEDS

 

Manuscrits : Paris, Arsenal, 3142, folios 120 v° à 140 v°  (ms. A) ; B.N.F. fr., 778, f° 1 r° à f° 22 v° (ms. B) ; B.N.F. fr. 1447, f° 21 r° à f° 66 v° (ms. C) ; B.N.F. fr. 12467, f° 78 v° à 98 v° (ms. D) ; Bruxelles, Bibliothèque Royale, II, 7451, f° 1 r° à 22 v° (ms. F) ; B.N.F. fr. 24404, f° 170 r° à f° 232 r° (ms. G) ; Bruxelles, Bibliothèque Royale, II, 7452 (ms. M) ; Rouen, Bibliothèque Municipale, 1142, f° 85 r° à 140 v° (ms. R) ; B.N.F. fr. 6234, f° 1 r° à f° 17 v° (ms. W).

Vers : 3486 alexandrins.

Laisses : 144.

Date de composition : 1273 selon Levy, entre 1274 et 1278 selon les dernières recherches.

Langue : 

Auteur : Adenet le roi  (auteur également des Enfances Ogier et de Beuve de Commarchis)

Édition : 1) Li Romans de Berte aus grans piés, éd. Paulin Paris, Paris, 1832. Réimprimé en 1836.

              2) Li Romans de Berthe aux grans piés, par Adenés li Rois, publ. p. Auguste Scheler, Bruxelles, 1874.

              3) Berte aus grans piés, éd. by Urban T. Holmes, Chapel Hill, 1946.

              4) Albert Henry, Les oeuvres complètes d'Adenet le Roi, t. IV, Bruxelles - Paris, Presses Universitaires de Bruxelles, Presses Universitaires de France, 1963.

              4) Albert Henry, Berte as grans piés, Genève, Droz, 1982.

Titre également trouvé : Berte aus grans piés et Berte as grans piés

Cette chanson appartient au Cycle du Roi.

Cette chanson forme avec celles de Mainet et de Basin un ensemble relatif aux Enfances de Charlemagne. Il existe un remaniement franco-italien : Berta de li gran pié

Pour consulter la liste des ouvrages critiques et autres articles sur cette chanson, cliquez ici.

 

Berte as grans piés est le récit d'une trahison finalement punie, et dont la victime est, après de dures épreuves, finalement rétablie dans ses droits.

L'héroïne est Berthe - ici, aux grands pieds - fille du roi Floire de Hongrie et de la reine Blanchfleur : amenée à Paris pour y être épousée par Pépin le Bref ; trahie par la vieille serve, Margiste à qui ses parents l'ont confiée, et qui lui substitue sa propre fille Aliste dans le lit du roi, le soir des noces. Elle est emmenée, à la suite des perfidies de Margiste, dans la forêt du Mans, par Tibert, pour y être mise à mort, mais elle est sauvée au dernier moment par Morant, un des sergents compagnons de Tibert, qui lui permet de fuir.

Elle est alors recueillie, épuisée de faim et de froid, chez Simon le voier et sa femme Constance, où elle vit pendant plus de neuf ans. Elle est enfin retrouvée par Pépin le Bref qui la rétablira reine de France, après d'ultimes péripéties, dues au fait que Berthe, aux moments dramatiques de sa solitude angoissée dans la forêt, avait fait voeu de ne jamais révéler sa véritable identité, sauf dans le cas où cette révélation pourrait protéger de violences éventuelles sa virginité.

Bien avant ces retrouvailles, le crime de Margiste avait été découvert, grâce à Blanchefleur venue à Paris pour y revoir sa fille : Margiste et Tibert avait été condamnés à une mort cruelle, tandis que la fausse reine Aliste, mère de deux princes royaux, avait obtenu de se retirer à l'abbaye de Montmartre.

 

Selon cette version d'Adenet, on peut distinguer dans l'oeuvre les développements suivants :

- Introduction, rappel du combat de Pépin le Bref contre le lion, accord pour un mariage de Pépin avec Berthe de Hongrie (vers 1 à 167).

- Le voyage de Berthe vers Paris, où, après la cérémonie du mariage, s'accomplit la trahison de Margiste (vers 168 à 693).

- Les malheurs de Berthe dans la forêt du Mans (vers 694 à 1235).

- Vie de Berthe chez Simon et Constance (vers 1236 à 1444).

- Les années du roi Pépin et de la fausse reine à Paris, avec, un jour, la visite en France de Blanchefleur, qui découvre la trahison, aussitôt punie (vers 1445 à 2459).

- Rencontre de Berthe par Pépin, égaré dans la forêt du Mans, au cours d'une chasse : il veut abuser d'elle ; troublé par les déclarations contradictoires de Berthe sur sa propre identité à la suite de l'aventure, il fait venir Floire et Blanchefleur, qui "retrouvent" leur fille (vers 2460 à 3290).

- Retour triomphal à Paris (vers 3291 à 3486).

 

Voici la première laisse de cette chanson :

A l'issue d'avrill, un tans douç et joli,
Que herbeletes pongnent et pre sont raverdi
Et arbrissel desirent qu'il fussent parflori,
Tout droit en cel termine que je ici vous di,
A Paris la cité estoie un venredi ;
Pour ce qu'il ert devenres, en mon cuer m'assenti
K'a Saint Denis iroie por priier Dieu merci.
A un moine courtois, c'on non moit Savari,
M'acointai telement, Damedieu en graci,
Que le livre as estoires me moustra et g'i vi
L'estoire de Bertain et de Pepin aussi
Conment n'en quel maniere le lion assailli ;
Aprentiç jougleour et escrivain mari,
Qui l'ont de lieus en lieus ça et la conqueilli,
Ont l'estoire faussee, onques mais ne vi si.
Ilueques demorai de lors jusqu'au mardi
Tant que la vraie estoire enportai avoec mi,
Si conme Berte fu en la forest par li,
Ou mainte grosse paine endura et soufri.
L'estoire iert si rimee, par foi le vous plevi,
Que li mesentendant en seront abaubi
Et li bien entendant en seront esjoy.

Retour au Sommaire