GLOSSAIRE

 

 

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

 

 

A

- Adouber : Cela signifie "armer chevalier". Lors de la cérémonie, le jeune bachelier se voit remettre son équipement : épée, éperons, heaume, écu, haubert, destrier... La cérémonie de l'adoubement symbolise le passage à la vie adulte. " La norme, c’est l’adoubement d’un jeune homme – l’âge varie généralement de 15 à 18 ans – qui a reçu, au cours de son enfance et de son adolescence, une éducation qui a pour but de le préparer physiquement et intellectuellement aux tâches qui seront les siennes après cette cérémonie qui marquera son entrée dans la vie d’adulte. Or, cette éducation, dont le lieu, le plus souvent, est la cour du seigneur ou du souverain, ou la maison d’un parent, rarement le père, souvent un oncle, n’est donnée qu’aux fils de féodaux. Se trouvent ainsi pratiquement éliminés de l’accès normal à la chevalerie fils de bourgeois et vilains. Cependant, une voie, fort étroite au demeurant, leur reste ouverte : celle de l’adoubement reçu comme récompense d’un haut fait. Comme il s’agit toujours d’exploit au sens militaire du mot, ou, à tout le moins, d’une intervention dans le cours de l’action épique, on conçoit que les exemples n’en peuvent qu’être rare. " p. 11-12 de Micheline de Combarieu du Grès.

Scène d'adoubement Cliquer sur la photo pour l'agrandir...

- Alexandrin : C'est au cours du XIIIe siècle que va se généraliser l'alexandrin dans la chanson de geste. Auparavant, il n'y était que très rarement (par exemple dans Le voyage de Charlemagne à Jérusalem). L'alexandrin se définit comme un vers de douze syllabes. Le mot "alexandrin" est la substantivation de vers alexandrin, type de vers représenté par le Roman d'Alexandre, poème du XIIe siècle évoquant de manière légendaire Alexandre le Grand

- Amour : "il tiendra une plus ou moins grande place dans le récit selon qu’il s’agira d’une épopée plus ou moins tardive ; ou plutôt, l’épopée de la seconde moitié du XIIe siècle et celle du XIIIe siècle insisteront d’avantage sur la réciprocité des sentiments, voire sur les initiatives prises par le héros pour s’assurer la possession de celle qu’il aime, alors que l’épopée plus ancienne mettra l’accent sur le sentiment éprouvé par la jeune fille, tout en restant beaucoup plus discrète sur celui qu’éprouve le héros. " (pp. 352-353 de Micheline de Combarieu). "Amour ne se sépare pas de beauté, droiture, courage, estime." (p. 1107 de Bernard Guidot).

- Animaux : L'animal apparaît principalement comme un cadre de la vie humaine, indispensable à beaucoup d'activités et spécialement aux activités nobles. Il est souvent l'objet de certains sentiments tels que l'admiration, la convoitise mais il est aussi employé en vue de certains effets tels que le dépaysement et la peur. " …il n’y a pas, pour le moyen âge, un monde animal réel et un monde animal légendaire, mais un seul monde animal, dans lequel le réel et le légendaire ne sont pas distingués." (p. 22 de Jean Bichon). "Le monde des animaux sert de point de départ à des comparaisons valorisantes quand se trouvent cités le lion, le léopard, le sanglier, le mâtin (pour leur forces, leur ténacité, leur détermination), le lièvre ou le lévrier (pour leur rapidité), le renard ou le chat (pour leur ruse, leur intelligence, leur finesse). La comparaison est dépréciative, lorsque le trouvère établit un lien avec une bête sauvage, sans précision, avec un chien et surtout un chien enragé. Alors interviennent les notions d'état misérable et d'avilissement." (p. 730 de Bernard Guidot). Pourquoi si fréquemment des animaux dans les songes ? L'animal hante habituellement les rêves. Les trouvères en trouvaient dans les modèles antiques mais particulièrement dans la Bible : vaches grasses et vaches maigres des songes de Joseph, visions d'Ezéchiel, de Daniel, de l'Apocalypse, etc." (p. 182 de Jean Bichon). Les serpents, guivres, dragons, griffons sont traditionnellement diaboliques, c'est pourquoi dans les songes, ils représentent le païen, le Sarrasin ; alors que le lion représente le souverain, même païen (comme Baligant dans La chanson de Roland) et les sangliers, ours, bêtes moins nobles, représentent le traître et sa parenté (Ganelon, Pinabel toujours dans La chanson de Roland). " Il y a, dans la chanson de geste, et dans l’épopée en général, des individus animaux aux dons extraordinaires parce qu’il y a déjà d’autre part, dans la chanson de geste et dans l’épopée, des individus humains aux dons extraordinaires. " (p. 383 de Jean Bichon). " La différence entre l’animal ordinaire et extraordinaire et l’animal merveilleux n’est pas de l’ordre de la nature, mais de la surnature : l’animal merveilleux appartient directement à la sphère divine ou à la sphère diabolique. " (p. 384 de Jean Bichon). Une des formes de l'intervention de Dieu dans la chanson de geste est l'apparition d'un cerf blanc qui montre le chemin à ceux que Dieu veut guider. " Il faut aussi attribuer à l’influence du roman courtois l’apparition des lions comme adversaires des héros de la chanson de geste. Beuve de Hanstone est vainqueur de deux lions qui ont tué l’écuyer Bonnefoy et blessé Josiane (Beuves de Hanstone, 1652 et ss.). L’ennemi lâche sur Garin de Monglane un lion redoutable, que ce dernier, malgré ses blessures, coupe en deux (Garin de Monglane). Pour délivrer Garin, Robastre pénètre dans un château dont l’entrée est gardée par deux ours et un lion (Gaufrey). Ces lions relèvent moins d’un désir d’exotisme que d’une volonté de stylisation : l’affrontement avec le lion devient une aventure – type, une preuve exceptionnelle de vaillance. " (pp. 622-623 de Jean Bichon).

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- Arbre : "...Il faut constater (...) que, dans la chanson de geste, les arbres ne sont jamais des chênes et des sapins, mais des figuiers, des oliviers, des palmiers, des lauriers, des cèdres, toutes espèces inconnues dans la moitié nord de la France (seul le pin figure à la fois dans la littérature et la réalité)" (p. 28 de Jean Bichon). Tous ces arbres viennent du sud, non points de jardins mais de la poésie rhétorique antique. Il s'agit d'une convention littéraire vieille de mille ans.

- Assonance : Il s'agit du retour, à la fin de chaque vers, de la même voyelle accentuée, sans tenir compte des consonnes subséquentes. 

- Auxilium : Littéralement, cela signifie "Aide". Avec le consilium, l'auxilium fait partie des obligations vassaliques. L'aide apportée par le vassal à son seigneur peut être de deux types : financière et matérielle. En l'échange de cette aide, le seigneur se doit de protéger ses vassaux.

B

- Bachelier : Jeune homme qui n'a pas encore reçu de fief.

- Barbe : Elle est importante dans la mentalité épique, héritière sur ce point de l'époque carolingienne. Consulter C. Nyrop, p. 68.

- Bâtard : Dans le monde chrétien, avide d'ordre et de structures fortes, le bâtard est sans cesse renvoyé à son incapacité à intégrer pleinement une classe, une famille. Son statut marginal le dessert et lui est continuellement reproché. La chanson de geste nous offre de nombreux bâtards, tels Bernier dans Raoul de Cambrai.

- Bayard : C'est un cheval merveilleux.

- Beauté : Le Moyen Age croit profondément à une étroite association entre l'apparence physique d'un être et ses tendances morales les plus affirmées. Les héros chrétiens sont des incarnations de la beauté et de la sensibilité. L'embellissement de la personnalité des français procède d'une attitude spirituelle aussi naturelle que le rejet inexorable des démons païens.

- Bourgeois : Les bourgeois sont relativement présents dans l'univers épique. Ils sont présentés positivement dès lors qu'ils viennent en aide au héros. Avec les gestes tardives, les bourgeois prennent de plus en plus d'importance et imposent leur individualité.

- Branc : Ce substantif, en ancien français, désigne l'épée.

C

- Charlemagne : Le personnage de Charlemagne est l'un des plus importants dans les chansons de geste. Un cycle entier (le Cycle du Roi) lui est consacré. Il a pour fils Louis. Dans les premières chansons de geste, Charlemagne représente l'empereur bienveillant envers ses vassaux. Il possède en outre un courage extraordinaire. De par son statut, il est également, d'une certaine manière, l'intermédiaire entre Dieu et les hommes. Pour tout cela, il est très respecté. Cependant, dans certaines chansons de geste plus tardives, il n'est pas rare de trouver un Charlemagne vieilli, affaibli, dont les trouvères se moquent ouvertement.

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- Chasse : "Dans la chanson de geste classique, la chasse, qui était pourtant depuis toujours un passe-temps de choix pour les seigneurs, est à peine mentionnée (par exemple Roland chassant le lièvre, La chanson de Roland, vers 1780). C'est une convention du genre, relevant de la stylisation épique, que les personnages nous sont montrés soit discourant, soit combattant. Une description de chasse, ou même la présentation d'un héros comme un adroit chasseur, seraient ressenties dans le Roland comme des fautes de goût, comme des entorses à la règle épique." (p. 269 de Jean Bichon).

- Chevalier : Mot emprunté au latin caballarius. Ce mot s'est essentiellement imposé au sens qu'il a pris dans la société féodale, "membre de l'ordre de la chevalerie", son image étant élaborée et idéalisée à travers les romans et la littérature courtoise.

- Colée : Coup donné par le parrain sur la nuque de celui qui était fait chevalier, lors de la cérémonie de l'adoubement. Il existe un synonyme : "paumée".

- Compagnonnage : C'est l'union de deux ou plusieurs individus en vue de l'accomplissement d'une tâche. "Le combat épique constitue le cadre premier dans lequel le héros découvre à l'évidence l'utilité du compagnonnage ; dans la mêlée où les coups de multiples adversaires se concentrent sur le guerrier le plus valeureux, mieux vaut être au moins deux pour résister à ces attaques de groupe. Pour chacun, la présence à ses côtés d'un autre apporte à la fois aide matérielle dans les différentes phases de la bataille, -et assurance morale." (p. 248 de Micheline de Combarieu du Grès). "Le couple épique est un procédé majeur de [la] construction plurielle du héros. Il peut être durable, comme dans La chanson de Roland – la cumpaignie de Roland et d’Olivier -, ou constamment renouvelé comme dans le Guillaume, où chaque nouveau combat reconstitue un couple nouveau : Vivien et Girard au début, Guillaume et Girard dans le second engagement, Guillaume et petit Gui dans le troisième, Guillaume et Renouart à la fin du poème. La chanson inscrit ici la rupture du compagnonnage comme une exigence de l’héroïsme, et le couple sert moins à identifier avec précision chaque personnage qu’à construire la propriété paradoxale du personnage épique : constamment associé à d’autres, il est condamné à la solitude. Le principe de complémentarité entre les deux personnages peut donner naissance à des figures plus complexes, comme dans Renaut de Montauban, où l’unité de base devient la fratrie (les quatre fils Aimon), à laquelle est associé Maugis, le cousin. A l’intérieur de ce système, des couples continuent pourtant d’offrir des traits contrastés : à la maturité de Renaut s’oppose la fougue de Richard, lui-même étayé sur la sagesse d’Aalard ; quant aux ruses et aux enchantements de Maugis, ils forment un contre-point plaisant à la vaillance purement chevaleresque de Renaut." (pp. 47-48 de François Suard).

- Consilium : Le "conseil" fait partie, avec l'auxilium, des obligations vassaliques. Tout seigneur se doit de consulter ses barons avant de prendre une quelconque décision, même lorsqu'il s'agit de son propre mariage. C'est une manière d'empêcher  le seigneur de prendre trop de pouvoir.

- Copiste : C'est celui qui traditionnellement recopie sur des manuscrits les textes médiévaux. Il établit alors des copies d'un premier texte original, ce qui peut entraîner des erreurs car recopier des textes longs de plusieurs milliers de vers est une tâche fastidieuse. Ce sont généralement les moines, lettrés, qui sont assignés à cette besogne.

D

- Déguisement : Ce motif était bien connu des chansons de gestes françaises : préalable fugace à l'éclatante révélation de la vaillance épique, il avait ordinairement pour "finalité essentielle (...) la manifestation du personnage héroïque" (cf. François Suard).

- Démesure : Le pêché d'orgueil est un des plus courants dans les chansons de geste. C'est lui qui conduit bon nombre de héros révoltés à leur perte avec au premier plan Raoul de Cambrai. 

- Destrier : Ce terme est dérivé de l'ancien français "destre" (c'est-à-dire "main droite"). Le développement sémantique vient de ce que l'écuyer, tout en tenant de la main gauche son cheval ou une bête de somme, devait mener de la main droite le destrier du chevalier, quand ce dernier ne le montait pas pour combattre.

- Duel judiciaire : " Dans les cas difficiles à trancher, on peut toujours avoir recours au jugement de Dieu, l’ordalie, qui prend souvent, dans l’épopée, la forme d’un duel entre l’accusé et l’accusateur, ou leurs champions respectifs. " (p. 295 de Valérie Naudet). "Le combat est toujours précédé d'une série de préliminaires, actes religieux et juridiques ou préparatifs militaires : dans l'ordre habituel, veillée de prières, messe, armement des adversaires, présentation devant l'empereur qui sera le juge du combat, serment prêté successivement par chacun des deux champions sur les reliques qu'il doit ensuite baiser, entrée en champ clos ; vient ensuite le combat, dont le premier moment est une joute à cheval, suivie d'un long affrontement où les champions, à pied, utilisent généralement l'épée (...). Le dénouement intervient quand l'un des deux combattants (dans les chansons de geste, c'est bien entendu le coupable) est abattu à terre par son adversaire et se montre incapable de se relever ; il avoue alors ses forfaits et reconnaît la fausseté des accusations qu'il avait portées ; il est ensuite décapité par le vainqueur, innocenté autant par les aveux explicites du vaincu que par sa propre victoire." (p. 531 de Margueritte Rossi). Au XIIIe siècle, " la pratique du duel judiciaire, traditionnellement associée, depuis le duel de Thierry contre Pinabel (cf. La chanson de Roland), à la manifestation de la vérité et du droit, vacille (...) sur ses bases : dans le remaniement en alexandrins de la Chevalerie Ogier, le champion d’Ogier défend la cause de l’adultère, et la dame avec laquelle le héros a commis la faute s’est parjurée en affirmant son innocence : une telle cause l’emportera cependant. " (p. 111 de François Suard).

E

- Échecs (jeu) : Charlemagne fut un jour très intrigué par un cadeau du Calife de Bagdad : c'était un échiquier et ses pièces en ivoire. Ce jeu, alors totalement inconnu en Occident, devait connaître un succès grandissant auprès des nobles, notamment des chevaliers. Apprendre à manoeuvrer les pièces faisait partie de leur éducation. Les chansons de geste mettent en scène à plusieurs reprises des parties d'échecs, dont certaines se terminent par la mort d'un des deux adversaires. Ces récits légendaires ont pour origine le fait que les joueurs misaient de l'argent sur l'issue de la partie, d'où leur mauvaise humeur à perdre. De plus, c'était un divertissement noble, un combat singulier simulé d'où le sens de l'honneur n'était pas absent. Vous pouvez consulter divers articles de Flutre et Picherit pour de plus amples renseignements.

- Écu : Ce terme est issu du latin scutum "bouclier (d'abord ovale)". Le mot a d'abord en français le sens latin de "bouclier". Par extension, en termes de blason, "écu" désigne un champ en forme de bouclier, où sont représentées les pièces des armoiries puis par métonymie les armoiries mêmes.

- Écuyer : En français, le mot équivaut en ancien français à "valet" puis spécialement signifie "gentilhomme qui porte l'écu d'un chevalier et le sert". Au début du XIIIe, "écuyer" désigne un jeune noble qui n'a pas encore été nommé chevalier, d'où son usage comme titre porté par les gentilshommes des derniers rangs. Par extension, c'est le nom donné à un officier qui a une fonction particulière (écuyer de cuisine par exemple). "Ecuyer" s'est également dit de l'intendant des écuries d'un prince. Au XVIIe siècle, le mot prend le sens de "personne qui sait monter à cheval".

- Enluminure : Du latin illuminare, rendre lumineux, éclairer. C'est un art qui consiste à décorer et à illustrer les manuscrits, les livres, etc. de lettrines et d'initiales colorées et ornées, d'encadrements, de miniatures, etc. Le terme désigne également la décoration ainsi réalisée. L'enluminure rend le manuscrit plus précieux et joue un rôle pédagogique car l'image qui est peinte annonce généralement à l'avance, ce qui va se passer. Elle vient en quelque sorte doubler le texte.

- Epée : Qu'elle se nomme "Joyeuse" ou "Durendal", l'épée a toujours tenu une place de premier ordre dans la chanson de geste. Le héros a souvent plus d'affection envers cette arme privilégiée qu'envers son cheval ou même sa compagne (Il en est ainsi de Roland qui n'a pas une seule pensée pour Aude alors qu'il va bientôt mourir : seul son branc, qu'il ne veut pas céder aux sarrasins, le préoccupe). L'épée est généralement obtenue par le chevalier lors de son adoubement mais cela n'est pas systématique. Voici quelques noms d'épées possédées par de grandes figures de la littérature épique : "Joyeuse" tout d'abord, est le branc de Charlemagne. Cette arme passe tantôt pour être un cadeau de sa fiancée, Galienne, fille de Galafre (puissant émir d'Espagne), tantôt pour avoir appartenu à son père Pépin le Bref. "Joyeuse" aurait été façonnée par Veland, un forgeron doué de pouvoirs magiques. La lame de l'épée jetait une clarté incomparable et son possesseur ne pouvait être empoisonné. Charlemagne avait placé dans son pommeau un éclat de la Sainte Lance qui avait percé le flanc du Christ. Avant de mourir, il en fit don à Guillaume d'Orange, en le chargeant de protéger son fils Louis.
"Durendal", quant à elle, aurait été offerte à Roland par son oncle Charlemagne lors de son adoubement. Cette épée appartenait précédemment à Eaumont, adversaire redoutable de l'empereur qui, sans l'appui de Roland aurait péri. Dans la Chanson de Roland, le héros, sachant que sa fin est proche, tente de briser son épée contre un rocher pour ne pas la laisser entre les mains des païens. Mais ce n'est pas la lame qui a cédé ; c'est le rocher... Frontière entre légende et réalité : encore aujourd'hui, dans le défilé de Roncevaux, les touristes pourront "admirer" le soi-disant rocher, entaillé, sur lequel Roland frappa de toutes ses forces.
"Hauteclaire" est le nom de l'épée d'Olivier. Elle aurait appartenu à un empereur romain qui l'aurait perdu dans les bois. Des paysans l'ayant remise à Pépin, celui-ci l'aurait donnée au comte Beuve qui l'aurait revendue à un Juif de Vienne. Un descendant de ce dernier en fit cadeau à Olivier le jour où il combattit Roland, en remerciement de la tolérance de sa famille à l'égard des Juifs.
"Almace" est le nom de l'épée de Turpin, le célèbre évêque soldat de la Chanson de Roland.
Ogier possédait "Courtain", dont le nom évoquait la petite taille, car la pointe de sa lame avait volé en éclats le jour où Ogier l'avait essayée au palais d'Aix, en la frappant sur un perron d'acier.

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- Esclarmonde : Ce nom désigne communément dans les chansons de geste les princesses sarrasines aimées par des chevaliers chrétiens (cf. Huon de Bordeaux, Maugis d'Aigremont, Vivien de Monbranc, Huon et Calisse, Florent et Octavien...)

F

- Fantastique : "Si le merveilleux rend plus aisé le poids des personnages aux événements auxquels ils se mêlent et, tout compte fait, ne les épanouit guère, le fantastique pousse dans leur derniers retranchements les protagonistes sympathiques, les oblige à se singulariser d’avantage encore, tandis qu’il a tendance à humilier leurs adversaires qui n’ont pas la faveur de la narration." (p. 632 de Bernard Guidot). 

- Femme : La femme va être de plus en plus présente au cours de l'évolution de la chanson de geste. De la très discrète Aude de La chanson de Roland aux épopées les plus tardives, elle va peu à peu s'affirmer jusqu'à obtenir un rôle de premier plan dans la dramaturgie épique. Un rôle qui n'était pas sans annoncer celui qu'elle jouera souvent dans les romans courtois. " Les personnages féminins n’apparaissent dans l’ensemble de notre littérature épique que par référence à des personnages masculins, et généralement non pour s’opposer à eux, mais pour les mettre en valeur, ce qui s’opère de la façon la plus naturelle dans la peinture de la vie du couple. Cette simple considération permet de (dé)limiter la place et le rôle dévolus aux femmes dans l’épopée médiévale. Il n’y a pas de relations (littéraires) d’égalité entre les deux sexes. La présence d’une ou plusieurs femmes à côté du héros lui ajoute certes quelque chose : sans Aude et sans Guibourc, Roland et Guillaume seraient sans doute différents ; mais il pourrait quand même y avoir une Chanson de Roland, centrée, comme celle de Turold, sur l’amitié de Roland et d’Olivier, sur l’héroïsme ou la démesure de Roland… " (p. 351 de Micheline de Combarieu). Si l'amour joue un rôle important pour les femmes, leur vie littéraire ne se borne pas à celle du sentiment. L'épopée nous montre la femme associée à tous les aspects de la vie féodale aux côtés de son mari. "Les types féminins se sont diversifiés, le clivage principal séparant les ‘‘dames de la geste’’ et les nouvelles venues, essentiellement de jeunes Sarrasines. Ces dernières exercent l’influence la plus déterminante sur le cours du récit grâce à leur enthousiasme, leurs fougues et leurs initiatives incessantes. " (p. 1107 de Bernard Guidot). "Proche et lointaine à la fois, la femme occupe une place à part dans le monde épique. Ce monde de guerriers, ce monde d'hommes, n'est certes pas hostile à sa présence. Il ne refuse pas son intervention ou son influence. Si Aude dans le Roland d'Oxford, n'apparaît que pour mourir bientôt (vers 3705-3733), les chansons du XIIe siècle, et plus encore celles du XIIIe accordent aux personnages féminins une place et un rôle croissants. Bramimonde déjà (Chanson de Roland), bientôt Guibourc (Chanson de Guillaume), Malatrie (Siège de Barbastre), d'autres encore savent marquer le récit de leur empreinte. Plus tard Berthe (Berthe as grans piés), Parise (Parise la Duchesse) ou Blanchefleur (Macaire), victimes pathétiques, se trouveront au coeur même de l'action. Mais ces héroïnes sont-elles vraiment autonomes ? Choisissent-elles leur destin ? Leur est-il permis d'être elles-mêmes, c'est à dire d'être autres, de se référer à leurs propres valeurs ? Bien plus que les actes, réponse à la nécessité, les paroles peuvent être, sur ce point, significatives. Ce que ces femmes demandent révèle leurs aspirations. Ce qu'en retour on leur demande délimite leur rôle et la place qui leur est attribuée." (p. 895 de Jean-Claude Vallecalle). " …une femme ne doit pas, pour satisfaire sa passion amoureuse et son désir d’autonomie, aller jusqu’à la rupture et mettre en péril l’existence même de la société. De la société chrétienne, du moins. Car l’on juge avec une toute autre indulgence l’attitude des Sarrasines : leurs aspirations personnelles les conduisent aussi à la rupture, mais celle-ci prend, dans l’univers épique, une toute autre signification. Font-elles autre chose que de s’opposer au mal lorsqu’elles maudissent leurs pères, trompent leurs maris, bafouent leurs fiancés, trahissent leur peuple et renient leur religion ? Rejetant l’autorité masculine elles rejettent, en fait, l’autorité sarrasine. C’est pourquoi leur révolte apparaît non comme une inadmissible atteinte à l’ordre social mais comme une louable contribution au triomphe du bien. " (pp. 942-943 de Jean-Claude Vallecalle). "Si, progressivement, la littérature épique accorde une place croissante à la femme, ce n’est pas pour en reconnaître et en accepter l’altérité, c’est au contraire pour l’intégrer à un monde qui la dépasse et satisfaire ainsi à une exigence radicale de cohésion et d’unité. " (p. 946 de Jean-Claude Vallecalle). "...même si elle a donné à la mémoire des lettres quelques superbes figures de femmes (cf. Elissent dans Girart de Roussillon analysée par Micheline de Combarieu du Grès, Blanchefleur dans Garin le Lorrain analysée par Bernard Guidot, ou encore Berthe dans Girart de Roussillon analysée par Alain Labbé), l'épopée française demeure massivement masculine. En outre, lorsqu'elles y paraissent, et même quand elles y importent, les femmes n'y occupent jamais que le second rang, au moins quantitativement, et se voient privées de la fonction de sujet plénier que leur confère plus généreusement le roman : mêmes éminents, les personnages féminins des chansons de geste n'existent qu'en fonction des hommes, comme épouses et comme mères, toujours définis par référence à un mari ou à un fils à la vocation textuelle précellente." (pp. 171-172 d'Alain Labbé). Ce n'est pas tout à fait l'avis de Bernard Guidot qui remarque que lorsqu’il infléchit d’une manière ou d’une autre le cours des événements par ses actes, " le personnage féminin devient élément moteur de l’intrigue. Son rôle, inexistant ou accessoire dans les chansons de geste les plus anciennes, est primordial à ces moments précis, son influence est déterminante, son point de vue ou ses décisions priment ceux de son entourage et d’ailleurs toute considération. Les femmes marquent alors le récit de leur empreinte personnelle, d’une manière ponctuelle, occasionnelle pour certaines, mais plus soutenue, persistante pour d’autres. " (p. 403 de Bernard Guidot). D'une manière générale, vous pouvez consulter l'article de H. A Smith. Vous pouvez consulter un site dédié à la femme au moyen âge : cliquez ici.

- Fernagu : Ce nom est employé fréquemment pour désigner un géant sarrasin. Il se peut que le prototype soit Fernagu de Nazze qui, d'après le Pseudo-Turpin (chap. XVII), périt dans un combat contre Roland. Il apparaît dans Otinel, les Enfances Vivien, l'Entrée d'Espagne, Floovant, Florent et Octavien et sous la forme Ferragu dans Valentine et Orson.

- Fief : Ce mot est très important dans l'organisation sociale du Moyen Age. Le fief est un domaine reçu par un vassal qui s'engage par un pacte auprès de son suzerain. Le fief confère à son possesseur une grande force. Il existe des dérivés : "fieffer" qui signifiait "pourvoir d'un fief" (aujourd'hui "vendre ou acquérir contre une rente") et "fieffé" qui désigne celui qui est pourvu d'un fief.

- Fléau d'armes : Arme formée d'une ou de deux masses reliées à un manche par une chaîne.

- Fleur de lys : Emblême de la royauté, en France. Dans de nombreuses chansons de geste, et notamment dans Florent et Octavien, les auteurs aiment à rappeler que Clovis reçut directement des cieux un blason orné de fleurs de lys. En voici un exemple :

           Car Clovis ne creoit en Dieu n'en qu'un monton,

           Maiz puis y crut il bien par inspiracïon

           Et luy envoya Dieu le tres riche blason

           D'asur et fleur de liz... (vers 1834-1837 de Florent et Octavien).

- Formule : C'est "un ensemble de vocables à sens plein et la représentation d'une matière ; une forme syntaxique ; un rythme qui lui permet d'entrer aisément dans la décasyllabe." (pp. 57-58 de P. Imbs). "Par formule, j'entends l'unité minimale de composition dans un poème de technique originellement orale. La formule se définit du triple point de vue sémantique, syntaxique et prosodique." (p. 346 de A. Crépin). La formule, lorsqu'elle a une fonction sémantique à caractère thématique, peut être considérée comme un "degré zéro" du motif. C'est un cadre rythmique et syntaxique apte à accueillir des thématiques renouvelées.

- Fortitudo : Ce terme latin signifie "courage". Le chevalier qui parvient à associer "fortitudo" et "sapientia" est considéré comme le chevalier parfait pour l'esprit épique.

- Franco-italien : "Dès le XIIIe siècle, des poèmes et même des ensembles épiques avaient été composés dans une langue littéraire mixte, le franco-italien ou franco-vénitien : les principaux textes du Cycle du roi et quelques poèmes de la geste de Guillaume en faisaient partie. A partir du XIVe siècle, la matière de Roland, celle de Guillaume et de Renaud seront reprises dans des oeuvres diverses, en vers et en prose (Entrée d'Espagne, Nerbonesi, Reali di Francia, Cantari di Rinaldo). En ce qui concerne les textes en vers, non seulement les remanieurs avaient acquis une grande liberté dans l'utilisation de leurs sources, mais ils avaient élaboré une formule strophique nouvelle, l'ottava rima. Dans ce cadre harmonieux, propre aux recherches de virtuosité poétique, plusieurs oeuvres, comme la Regina Anchroja (1479) déposent petit à petit les thèmes et les personnages de l'épopée chevaleresque italienne, qui modifie et renouvelle la tradition des chansons de geste : s'y affirment la puissance de l'amour, qui fait oublier aux paladini (les preux) leur mission de combattre l'Infidèle, l'omniprésence du merveilleux, avec les fées ou les enchanteresses. On y trouve des géant redoutables ou truculents, et Roland et Renaud, qui entrent souvent en rivalité l'un avec l'autre, y jouent un rôle essentiel ; aventures et péripéties sont innombrables." (pp. 118-119 de François Suard). "L'introduction de nos poèmes dans l'Italie du Nord se fit d'abord dans leur langue originale, à peine italianisée ; puis on les transcrivit dans un idiome intermédiaire, où se combinaient avec le français des éléments vénitiens et lombards. Les Aliscans, Anseïs de Carthage, Aspremont, Foucon de Candie, Renaud de Montauban, Gui de Nanteuil, Roland, revêtirent ainsi la forme franco-italienne. A la fin du XIVe siècle, la Toscane s'empara de nos chansons de geste et les remania en prose et en octosyllabes. Un écrivain d'une rare fécondité, Andrea dei Magnabotti, de Barberino, produisit une longue série d'oeuvres parmi lesquelles on peut distinguer I reali di Francia, Aspramonte, I Nerbonesi." (p. 75 de Robert Bossuat). Il existe un site consacré aux oeuvres franco-italiennes, cliquez ici pour vous y rendre.

G

- Ganelon : Depuis La Chanson de Roland, il est la figure même du traître. C'est en effet lui qui, pour se venger de l'affront que lui avait fait Roland lors d'un précédent conseil de barons, le désigne à la tête de l'arrière-garde de l'armée de Charlemagne, sachant pertinemment qu'il serait tué dans le défilé de Roncevaux. La tradition épique a conservé pour Ganelon et pour son lignage cette idée de traîtrise intrinsèque. C'est ainsi qu'appartenir à la parentèle de Ganelon suffit à faire considérer un personnage très négativement. Nous pouvons noter par exemple que le caractère principal de Jehan (dans Jehan de Lanson), la félonie, est inscrit lui-même dans son appartenance à ce lignage. Ganelon apparaît dans de nombreuse chansons de geste puisqu'il est en quelque sorte l'antithèse de Roland, qui lui, a connu une grande fortune littéraire. Voici la liste des chansons où il apparaît : La Chanson de Roland, Jehan de Lanson

- Garin : Il " incarne une étape décisive : la prestance guerrière a été remplacée par la beauté, la démesure par la réserve mais, en revanche, il se fait remarquer par sa propension à commenter d’abondance, par son esprit ‘‘raisonneur’’, alors que les héros des générations précédentes se signalaient par leur caractère plutôt taciturne. " (p. 1107 de Bernard Guidot)

- Géographie : Le cadre spatial de la chanson de geste est toujours dépourvu d'une quelconque rigidité. La géographie épique est caractérisée par un flou dénué de tout aspect surprenant. Les trouvères ne se passionnent pas pour d'éventuelles descriptions de la nature. La géographie, les espaces naturels et les constructions épiques s'ajoutent les uns aux autres pour constituer un décor assez peu précis. On rencontre des lieux imaginaires, comme Dordone, le fief d'Aymon, ou la plage d'Aliscans, où Guillaume d'Orange repousse les Sarrasins. En France même, la forêt d'Ardenne, séjour des fées, prend de telles dimensions pour l'auteur des Quatre fils Aymon qu'elle semble s'étendre sur la majeure partie du royaume. Autre région importante, l'Aquitaine, où se déroulent plusieurs épisodes des chansons de geste.

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- Guillaume d'Orange : Guillaume au court nez ou Guillaume d'Orange fait référence à Guillaume, petit-fils de Charles Martel, comte de Toulouse en 790, tuteur de Louis d'Aquitaine, défenseur de la marche de Gothie, vaincu par les sarrasins sur les bords de l'Orbieu, aux portes de Carcassonne, en 793, après avoir infligé à l'ennemi d'énormes pertes. Dans le monde épique, Guillaume est un héros exemplaire et un cycle entier est consacré à lui et à sa parentèle. Il est marié à Guibourc.

H

- Hagiographie : C'est un genre littéraire qu'au XVIIe siècle on appelait aussi l'hagiologie ou l'hagiologique. Il privilégie les acteurs du sacré (les saints) et vise l'édification (une exemplarité). L'hagiographie désigne donc une oeuvre inspirée par le culte des saints et destinée à le promouvoir.

- Haubert : Terme qui vient du francique hals (cou) et bergan (protéger). Le haubert n'est autre qu'une longue cotte de maille.

- Heaume : désignait, au Moyen Age, un grand casque que portaient les hommes d'arme. Le terme apparaît sous les formes helme, healme dans La Chanson de Roland puis par vocalisation du l heaume au XIIe siècle.

Heaume Cliquez sur la photo pour l'agrandir...

- Héros : Nous pouvons distinguer deux types de héros épiques : celui qui, à l'instar de Guillaume ou Roland, met ses qualités guerrières au service de la cause royale ou de la défense de la Chrétienté, et l'autre type, le personnage rebelle aux prises avec une autorité royale considérée comme abusive. C'est le cas par exemple de Raoul de Cambrai ou de Girart de Roussillon.

- Hommage : acte par lequel le vassal se déclare l'homme (homme lige) de son seigneur.

I

- Incunable : Du latin incunabula, berceau. Nom donné à tous les textes imprimés avant 1501 sur parchemin et sur papier. Les premiers incunables imitent de près les manuscrits de parchemin - disposition et graphie - mais se détachent très vite de ce modèle. L'Europe a produit près de 20 millions d'incunables - dont environ la moitié sont des textes religieux - en latin pour les trois quarts.

- Intertextualité : Dans le genre littéraire de la chanson de geste, "chaque nouveau texte renvoie -et c'est clair pour les auteurs comme pour le public, - à un ensemble de structures narratives déjà organisées, à un répertoire dont il reproduit les éléments de son choix, en les interprétant et en les modifiant au besoin. Par conséquent tout texte, pour être analysé et compris, doit être mis en relation (...) avec les autres textes parallèles auxquels il sera comparé et opposé : dans ce système de références réciproques, semblable à un jeu de miroirs, nul texte ne peut être isolé de l'ensemble auquel il appartient et renvoie." (p. 600 de Margueritte Rossi).

J

- Joute : C'est un terme né aux alentours de 1130 dans le contexte de la chevalerie en parlant du combat de parade entre deux chevaliers. Il est resté relativement courant au sens figuré de "dispute, affrontement". La valeur concrète demeure dans le cadre d'un combat entre deux animaux (ex : "joute de coqs") et d'un divertissement sportif.

K

L

- Lai : " Le lai est un petit conte en vers qui développe avec sobriété une intrigue romanesque dont la narration prévaut sur le fond ou sens, et qui cultive volontiers l’émotion contenue à travers un langage assez délicat. " (définition de Jean-Charles Payen). " Il s’agit originellement d’un genre poétique et musical, dérivant de chansons en latin vulgaire, mais surtout exploité par les harpeurs bretons, le texte étant alors soutenu par une mélodie syllabique. Dès le XIIe siècle, le genre se dédouble. D’un côté il connaît une évolution narrative à partir de Marie de France, qui assemble et rime les chants bretons pour en faire de brefs récits romanesques. Le lai narratif compte de cent à mille octosyllabes à rimes plates. Il se distingue par sa matière mythique, féerique ou folklorique évoquant l’atmosphère arthurienne, mais aussi par la facture élégante et par les sentiments courtois qu’il prête à ses personnages. Ce maniérisme est imité par d’autres lais, souvent restés anonymes, où l’élément mythique semble perdre sa fonction première d’opposition entre deux mondes dans la logique de l’aventure merveilleuse, pour ne plus fournir à la fin qu’un élément secondaire. On peut ainsi distinguer des lais féeriques dont l’action, se déroulant dans un cadre breton, fait intervenir encore un personnage surnaturel, une fée (Graelent, Guingamor, Désiré), ou un chevalier venu d’un autre monde (Tydorel, Tyolet, Espine) ; mais le thème breton n’est plus qu’un décor dans le lai didactique (Trot) ou burlesque (Le Lecheor). Par imitation, Jean Renart, un grand auteur du XIIIe siècle, donne à son Lai de l’ombre ce caractère courtois et poétique qui distingue le lai du dit ou du fabliau. Les romans en prose, de Tristan à Perceforest, gardent le souvenir de lais plus fidèles à leur forme première, et ils en présentent le texte en octosyllabes accompagnés d’une mélodie typique. D’autre part le lai lyrique proprement dit, que pratiquent les troubadours, continue son évolution jusqu’au XVe siècle. La structure musicale en est définie par le développement d’un double cursus et la reprise de la mélodie (responsion), soit d’une manière progressive, soit à la fin qui répond à la première strophe. Chaque strophe intermédiaire peut avoir alors une forme différente mais toujours définie par le partage en deux ou quatre parties semblables. Au XIVe siècle, on prend l’habitude de composer des lais de douze strophes, grandes machines poétiques qui se signalent par la recherche de rythmes et de rimes variés. Prenant pour base la première strophe des lais que les Arts de seconde rhétorique donnent un modèle, les rimeurs de la fin du Moyen Age composent de courts poèmes qu’ils appellent aussi lais. Enfin, l’alternance de vers courts et longs a paru caractéristique d’un style qu’on a dit layé. " (définition de Daniel Poirion)

- Laisse : Ce dérivé du verbe laissier, venant du bas latin laxare, signifie "ce qu'on laisse" et revêt à partir de là des sens variés : celui de "legs, donation" aussi bien que celui d'“excrément”. Dans le domaine littéraire, il désigne d'une façon générale un morceau, un paragraphe, une tirade d'un texte ou d'un poème, qui forme un ensemble, s'étend d'un seul tenant, est récité ou chanté d'un seul élan, sans interruption. La laisse, unité de type lyrique, est un obstacle à la progression du récit, en même temps que l'instrument efficace de la célébration. " La laisse ne se borne pas à découper le récit : elle contribue largement à son fonctionnement. " (p. 201 de Dominique Boutet). Au XIIIe siècle, "si la laisse reste l'unité caractéristique du texte, sa fonction lyrique disparaît. Elle devient le cadre inévitable d'une tranche d'action qu'une sorte de souci de régularité impose de clore au bout d'une quarantaine de vers. L'attaque ou la clôture d'une laisse peuvent, selon les auteurs, continuer d'être nettement marquées, mais la marque essentielle du lyrisme, à savoir le système d'écho qui peut déboucher sur la constitution de laisses parallèles, a complètement disparu." (pp. 108-109 de François Suard). Les laisses centrifuges, E. A. Heinemann les définissait comme des laisses sans sujet central et dans lesquelles l'événement important figure à l'enchaînement.

- Laon Lieu réputé aujourd'hui pour sa cathédrale, chef-d'oeuvre gothique des années 1160-1230. Laon est aujourd'hui le chef-lieu du départment de l'Aisne, à 134 km au Nord-Est de Paris. Au moyen âge, et particulièrement dans les chansons de geste, Laon est avec Saint-Denis, un des lieux privilégiés car le roi y établit souvent demeure.

- Largesse : C'est l'une des qualités essentielles que doit avoir un seigneur. Cette qualité correspond à notre "générosité" contemporaine. Un seigneur devait être généreux envers ses vassaux. Cela pouvait se traduire en dons de fiefs mais aussi en dons matériels (or, armes, fourrures...).

- Larmes : "aucune nuance péjorative ne s'attache à la manifestation violente de l'émotion : les larmes des personnages ne sont pas présentées comme une faiblesse de leur part ; elles sont normales, c'est tout. (...) Dans l'épopée, les larmes ne miment jamais la douleur, elles la traduisent à coup sûr et avec une sorte d'équivalence dans la violence." (pp. 242-243 de Micheline de Combarieu du Grès)

- Lettrine : Grande initiale généralement ornée, en début de chapitre ou de paragraphe, dont l'usage se maintient dans le livre imprimé.

Le roi David carillonnant Cliquez sur la photo pour l'agrandir...

- Lignage : Terme qui recouvre, avec une valeur collective, l'ensemble des parents d'une souche commune, concept capital dans la féodalité. Attaquer une personne, c'est en réalité attaquer tout son lignage. Ainsi, il n'est pas rare dans les chansons de geste que des rivalités entre lignages se perpétuent au fil des générations. La paix est généralement rendue possible soit lorsque tous les membres d'un même lignage sont éliminés, soit lorsque des événements merveilleux viennent stopper le combat, soit encore selon une décision royale.

- Locus amoenus : C'est un lieu commun (topos) que le lieu de plaisance. Depuis l'époque impériale jusqu'au XVIe siècle, il est le thème principal de toute description de la nature. C'est une "tranche" de nature belle et ombragée ; son décor minimum se compose d'un arbre (ou de plusieurs), d'une prairie et d'une source, ou d'un ruisseau. A cela peuvent s'ajouter le chant des oiseaux et les fleurs éclatantes et odorantes. Le comble sera atteint si on y fait intervenir la brise. On le retrouve dans la chanson de Raoul de Cambrai, dans L'Entrée d'Espagne ou dans Aye d'Avignon par exemple, même si dans cette chanson, l'auteur semble avoir amalgamé le locus amoenus classique et une tradition descriptive réaliste.

- Loi salique : recueil de lois des anciens Francs Saliens qui contient une règle excluant les femmes du droit de succession à la terre des ancêtres ; cette règle a été invoquée au XIVe siècle pour empêcher les femmes de succéder à la couronne de France.

- Louis : C'est le fils de Charlemagne. Il succède à son père au trône de France mais ne possède aucune des vertus de son père. Il se révèle un roi lâche et inique. Dans le cycle des barons révoltés, c'est souvent à cause de lui que naissent les révoltes.

M

- Magie : "En principe, les produits magiques sont, initialement, au pouvoir des ennemis des chrétiens ; ils seront censés en faire un usage néfaste. Un fait est certain, aucun personnage considéré au départ comme favorable aux Français et qui le reste, n'utilise d'onguent ou d'herbe magique. Les herbes, en elle-même, recèlent des forces suspectes à la religion, elles appartiennent pleinement au monde hostile à la chrétienté et se rattachent donc directement au fantastique. Le cas des onguents est plus ambigu, car il est nécessaire de considérer, en général, qu'ils ont été détournés, par les Sarrasins, de leur utilisation normale. A l'origine, de par l'histoire que les trouvères leur prêtent, leurs vertus extraordinaires émanent d'une source chrétienne. Les aléas de la propriété les livrent à l'ennemi." (pp. 602-603 de Bernard Guidot). "D'une façon symptomatique, la magie, éloignée de l'esprit épique primitif, reste subordonnée aux valeurs héritées de la tradition." (p. 1108 de Bernard Guidot). Basin (dans Jehan de Lanson) et Maugis (dans Renaut de Montauban) sont des magiciens redoutés.

- Maître-queux : cuisinier de cour.

- Manuscrit : Vient du latin manu scriptus, écrit à la main. Au Moyen Age, l'imprimerie n'existant pas, on copiait les oeuvres à la main. C'était le travail des copistes. Les manuscrits sont peu à peu devenus de véritables oeuvres d'art avec l'apparition des lettrines et des enluminures.

- Merveilleux : "Il faut (...)  remarquer qu’un changement de mentalité s’est effectué au cours des XIIe et XIIIe siècles : les hommes, et notamment les trouvères, ont pris conscience de l’infinie transcendance du Tout Puissant. Au XIe siècle, dans des poèmes comme La chanson de Roland, la présence du surnaturel ne choque personne : les anges viennent sur Terre, les miracles se multiplient…et tout cela sans le moindre étonnement des personnages. Mais cette conception évolue avec les siècles, et un écart se creuse désormais entre le monde des hommes et le surnaturel. Dieu est désormais moins facile d’accès qu’au XIe siècle. Mais pour combler ce creux, ce vide qui s’est instauré entre les hommes et le surnaturel, les poètes créent une sorte d’intermédiaire : le merveilleux. (...) Dans les chansons plus tardives comme Lion de Bourges, le merveilleux s’est exalté et a réellement pris le relais du surnaturel. Il est alors courant de croiser fantômes et autres fées." (extrait de mon mémoire de maîtrise, p. 17). Le merveilleux magique des chansons plus tardives est vraisemblablement un des éléments romanesques qui s'est introduit dans l'épopée. Ce type de merveilleux n'est non pas le merveilleux proprement épique qui résulte de la conjonction des prouesses humaines et des interventions divines, et qui, dans l'épopée française, est un merveilleux chrétien de nature profondément religieuse, mais c'est le merveilleux des fées et des enchanteurs. "La merveille est loin d'être une simple rémanence superstitieuse. D'une part elle témoigne (...) d'une confiance en Dieu génératrice d'optimisme et d'entreprise : elle est la main tendue de la Providence. D'autre part, nous semble-t-il, elle s'accorde avec une certaine redécouverte du monde profane, propre au XIIe siècle, et avec l'élan que l'homme en reçoit (Orient, littérature latine, progrès du luxe, développement de la vie mondaine, découverte de la dimension amoureuse de la vie, ébauche d'un idéal d'achèvement individuel qui triomphera au Quattrocento)." (note n°6 p. 259 de Jean Bichon). " La merveille […] est d’abord une réalité d’ordre psychologique : sentiment de l’extraordinaire de l’étrange ; mais elle est autre que le simple ébahissement (mot fréquent au XIIe et XIIIe siècles) devant l’événement ou le spectacle inattendu : elle est rapportée à la présence du surnaturel. L’être ou l’événement surnaturel manifeste l’action de Dieu, du diable, des fées, d’un enchanteur, etc. " (p. 618 de Jean Bichon). Au XIIIe siècle, "le merveilleux n’est plus d’origine spécifiquement chrétienne, lié à l’usage de l’hyperbole et manifestant l’étroite relation qui unit exploit des héros et geste divine. " (p. 109 de François Suard).

- Messager : Le messager est un personnage très important dans les chansons de geste. C'est lui qui transmet tous les messages, de quelque nature qu'ils soient. Pour approfondir la question, consulter la Thèse d'état de Jean-Claude Vallecalle.

- Miracle : " L’intervention miraculeuse répond à un besoin de l’homme, elle vient combler un vide, suppléer aux ressources humaines lorsque celles-ci s’avèrent inefficaces. " (p. 522 de Micheline de Combarieu)

- Montmartre : En raison de sa position dominante qui en fait pour les assaillants un excellent observatoire et un solide point d'appui, la colline de Montmartre joue un rôle important dans les chansons de geste, surtout quand il s'agit de décrire des combats livrés sous les murs de Paris. Voir à ce sujet les nombreux textes cités par L. Olschki. "Aix-la-chapelle et Laon sont bien mentionnés comme étant le siège de la cour, dans des textes qui respectent la vérité historique. Mais dès qu'il s'agit de choisir un lieu digne d'un siège militaire, les poètes s'inspirent probablement des idées de leur temps en choisissant la ville qui est déjà, au XIIe siècle, l'une des plus importantes en Europe Occidentale." (voir l'article de Arie Serper).

- Mort : "L'homme était soucieux de sa mort, car il doutait de son sort dans l'au-delà , et savait que son salut dépendait étroitement de sa foi et des oeuvres accomplies de son vivant ; or la décision divine n'était plus renvoyée, comme dans l'Apocalypse, au Jugement Dernier et à la Résurrection des Morts ; il ne s'agissait plus de cette échéance lointaine à laquelle tous les morts de l'histoire devaient être en même temps convoqués. L'accent était mis désormais sue le jugement particulier de chaque homme juste après son trépas ; dès la mort seraient décomptés l'actif et le passif de chaque existence individuelle." (Jean-Claude Schmitt). La mort fait partie des chansons de geste et le héros n'est pas plus épargné que les autres. Seulement, sa mort est généralement beaucoup plus "héroïque" et symbolique. Voici quelques exemples empruntés aux chansons de geste : La mort de Roland ; La mort de Vivien ; La mort de Raoul de Cambrai ; La mort de Bernier ; La mort de Guillaume d'Orange

- Motif :  C'est " un ensemble plus ou moins étendu de vers (de deux à quinze environ), qui évoquent sous une forme stylisée une action physique ou une réaction morale. Ce qui fait reconnaître la présence d'un motif consacré par l'usage, c'est la répétition autant que la forme, répétition à l'intérieur d'une même oeuvre, ou retour d'une forme très semblable dans des chansons diverses." (p. 132 de A.- I. Gittleman). "un motif ne signifie qu'avec et par le contexte, qu'associé à d'autres motifs. D'où la tendance erronée de considérer les motifs comme des ornements. En réalité les motifs constituent la substance des thèmes." (pp. 350-351 de A. Crépin). Mais pour une meilleure connaissance du motif dans la littérature épique, il est indispensable de consulter l'ouvrage de Jean-Pierre Martin.

N

O

- Olifant : C'est un petit cor d'ivoire. Il est utilisé dans La chanson de Roland ou dans d'autres chansons comme Lion de Bourges.

Olifant dit de Roland Cliquez sur l'image pour l'agrandir...

- Olivier (arbre) : L'olivier fait partie intégrante du décor des chansons de geste. Il est certes rare, voire même inexistant parfois dans les régions décrites dans les chansons de geste, cependant, il a vraisemblablement une symbolique profonde. L'arbre en général, a un côté chtonien (les racines) et aérien. C'est pourquoi il représente le pouvoir, ou du moins sa représentation schématique. Bon nombre de conseils (consilium) se déroulent sous son ombre... Dans l'Islam, l'olivier est l'Arbre cosmique par excellence, centre et pilier du monde ; il symbolise l'Homme universel, le Prophète et l'un des noms de Dieu, ou quelque autre mot sacré est écrit sur chacune de ses feuilles. Selon Fenestella, historien latin qui mourut au début du règne de Tibère, l'olivier "était tout à fait inconnu en Italie, en Espagne ou en Afrique sous le règne de Tarquin l'ancien, en l'an 173 de Rome", alors que du temps de Pline (Ier siècle après Jésus-Christ), donc sept cents ans plus tard, l'olivier avait "franchi les Alpes et atteint le centre des Gaules et des Espagnes". Quoi qu'il en soit, l'olivier est très présent dans les chansons de geste françaises et on le retrouve notamment dans la Chanson de Roland.

- Olivier : Il apparaît dans La Chanson de Roland comme le parangon de l'ami idéal. On le considère souvent comme l'incarnation de la sapientia mais il ne faut pas oublier qu'il est également un preux chevalier (cf. l'article de Jean Subrenat). Il connaît une assez bonne fortune littéraire,essentiellement grâce à Roland. C'est un personnage totalement imaginaire, contrairement à Roland. Olivier est le neveu de Girart de Vienne et le vassal de Charlemagne. Il meurt à Roncevaux. Son épée s'appelle Hauteclaire.

P

- Païen : Nom et adjectif issu très anciennement du latin paganus, tiré de pagus, lui-même dérivé avec le sens propre de "borne fichée en terre" de pangere "ficher, enfoncer" d'où "établir solidement", "graver dans la cire, écrire". Pagus a pris ensuite le sens de "territoire délimité par des bornes, district, circonscription territoriale rurale". Paganus, adjectif de pagus, signifie "de la campagne, du village" ; il est substantivé pour désigner l'habitant de la campagne, le paysan. A l'époque impériale, il a été employé au sens de "civil" par opposition à "militaire" et, par extension, a désigné l'amateur, le profane, par rapport à un groupe social déterminé. Etant donné que, depuis le IIIe siècle, les clercs se nommaient milites et spécialement milites Dei, milites Christi "soldats de Dieu, du Christ", et qu'ils désignaient par militia Christi la lutte pour la foi, ils furent amenés à utiliser paganus avec le sens péjoratif de "civil" pour qualifier et désigner les païens. Le mot "païen", d'abord attesté sous la formé pagien, qualifie et désigne l'adepte du polythéisme greco-latin par opposition à chrétien. Par extension, il a commencé au XVIIe siècle à s'appliquer à toute personne s'inspirant du paganisme antique. Par ailleurs, déjà employé dans La Chanson de Roland pour désigner celui qui n'était pas encore évangélisé, il a pris le sens "d'impie" au début du XIIIe siècle.

- Palefroi : C'est la monture des dames. Les hommes ont généralement un destrier, cheval de bataille.

- Pape : En Ancien Français, on le désigne sous le nom d'apostoile. " Il semble que des faits aussi inhabituels et l’installation progressive de la cour pontificale aux portes du royaume de France aient suscité chez les trouvères un regain d’intérêt pour le personnage du pape. Il y avait sans doute là matière à renouvellement à un moment où le genre épique semblait quelque peu vieillir, alors même que l’esprit de croisade devait être ranimé après la perte de la Terre sainte et malgré un déplacement des conflits vers l’Occident. " (p. 93 de Denis Collomp).

- Parchemin : Du grec pergamênê, peau apprêtée à Pergame (actuelle Bergama, Turquie). Derme d'une peau animale, imperméabilisé afin de le rendre propre à l'écriture. Le parchemin reste en usage pour les actes officiels après la généralisation du papier, et pour les titres de noblesse dont il atteste seul l'authenticité jusqu'en 1577. Encore en usage au début du XXe siècle pour certains diplômes, il reste aujourd'hui utilisé en reliure.

- Peliçon : vêtement en fourrure en usage du XIIe au XVe siècle.

- Pendaison : C'est généralement le châtiment que l'on afflige aux traîtres après que leur perfidie est dévoilée dans un duel judiciaire.

- Puer senex : C'est un topos de la littérature, au même titre que celui du locus amoenus. Nous pourrions le traduire par "l'enfant à sagesse de vieillard". Dans la chanson de geste, bon nombre d'enfant s'expriment avec la clairvoyance d'un adulte. Ainsi le petit Gui dans La chanson de Guillaume.

Q

R

- Rainouart : Géant sarrasin qui travaillait à ses débuts dans les cuisines de Louis. Très vite, il est repéré par Guillaume d'Orange pour sa force prodigieuse. Armé de son tinel, il écrase ses adversaires comme de vulgaires insectes. Il est le fils de Déramé et le frère de Guibourc, épouse de Guillaume d'Orange. Après son baptême, il épouse Aalis qui lui donnera un fils : Maillefer.

- Rime : A la fin du XIIe siècle, le système de l'assonance fait place progressivement à celui de la rime, qui suppose non seulement l'homophonie de la dernière voyelle accentuée, mais aussi celle des consonnes subséquentes. En voici un exemple tiré d'Aliscans (vers 598-599) : 

Li cuens Guillelmes senti fres son cheval,  

Droit vers Orenge est guenchi tot un val        

- Roi : C'est le personnage qui est en haut de la pyramide sociale. Seul Dieu est au-dessus de lui. Le roi a raison même au-delà du droit, et il ne saurait être vaincu : en douter revient à douter de l'empire. Le personnage du roi est très présent dans la littérature épique car elle met en scène le milieu aristocratique plutôt que les autres ordres. Et le roi est le plus haut personnage du milieu aristocratique, il se doit donc d'être présent.

-Roland : Dans les chansons de geste, il est le neveu de Charlemagne. Sa fortune littéraire résulte du fait qu'un certain Roland a été tué à Roncevaux lors de la conquête d'Espagne.

- Roman : Il y a eu entre le roman et la chanson de geste un jeu d'influence à double sens, dans lequel l'épopée, tout en gardant son autonomie, a su donner et recevoir.

- Roncevaux : Il s'agit d'un endroit qui se situe en Espagne, très célèbre pour son défilé où Roland ainsi que les douze pairs ont trouvé la mort dans La chanson de Roland.

- Rubrique : Du latin terre rouge, craie rouge ; en droit romain, recueil de textes juridiques où les titres des chapitres figurent en rouge. Désigne ensuite tous les titres écrits en couleur rouge par le rubricateur.

S

- Saint-Denis : Premier évêque de Paris. Il aurait été décapité sur la colline de Montmartre. Dagobert lui dédia une abbayé célèbre (aujourd'hui basilique de Saint-Denis). Selon la légende, Denis, après qu'il a été décapité, a marché sur la colline, tenant entre ses mains son chef. Sa légende est évoquée dans Florent et Octavien.

- Saint-Jacques : Il s'agit de Saint-Jacques de Compostelle, ville d'Espagne qui a été l'un des lieux de pèlerinage les plus fréquentés de la chrétienté Occidentale. Les pèlerins venaient voir la dépouille de Saint-Jacques le Majeur, qui aurait été déposé là miraculeusement.

- Sapientia : C'est le terme latin qui désigne la sagesse. Pour être un chevalier parfait il faut posséder certes cette sapientia, mais il faut avoir également le courage (fortitudo).

- Sarrasin : Du bas latin Sarracenus, nom d'un peuple de l'Arabie, étendu par les Byzantins à tous les peuples soumis au calife. Le mot a d'abord désigné une peuplade de l'Arabie, puis un ensemble de tribus arabes nomades. C'est à partir de l'époque byzantine que le mot prend sa valeur définitive. Il se propage ensuite en Occident ; il est employé pour "Arabe" et désigne tout ce qui vient de l'Orient. Au Moyen Age, son emploi est fortement coloré par les relations de guerre des Croisades. En littérature, le terme sarrasin désigne tout païen, spécialement les musulmans d'Orient, d'Afrique ou d'Espagne.

- Scriptorium : C'est l'endroit où les copistes (généralement les moines), recopiaient les manuscrits. Il y faisait vraisemblablement très froid en hiver : des témoignages racontent que les encres gelaient parfois. C'est pourquoi le scriptorium se trouvait généralement au-dessus de la cuisine, afin de récupérer la chaleur émanant des fourneaux.

- Sénateur : " La situation troublée de Rome et les disputes factieuses nous semblent avoir notamment mis à la mode l’emploi d’un personnage et surtout d’un mot peu attesté jusqu’alors dans l’épopée, le " sénateur " : il connaît une fortune certaine et nous l’avons repéré dans Florent et Octavien, La Belle Hélène de Constantinople, Lion de Bourges, Charles le Chauve, La mort Maugis d’Aigremont, et dans la version du XIVe siècle de Florence de Rome ; le plus souvent, le prénom est stéréotypé en Richier ou Rénier. Or les sénateurs de Rome ne sont plus que deux à partir de 1238, et s’apparentent d’avantage aux consuls pour leurs fonctions de gestionnaires et aux tribuns pour leur mode d’élection et à partir du XIIIe siècle cette charge est mieux connue en France puisque Charles 1er d’Anjou notamment, le frère de Saint Louis, a été nommé sénateur. Les luttes d’influence autour de l’attribution de la charge déchirent Rome au milieu du XIVe siècle et les vicissitudes de Cola di Rienzo, qualifié parfois de sénateur devient encore plus familière aux poètes du nord de la France. " (pp. 110-111 de Denis Collomp).

- Serf : Ce nom apparaît avec le sens de "serviteur". Puis, il désigne ensuite une personne n'ayant pas de liberté personnelle complète, attachée à une terre. Plus généralement, il a désigné une personne qui n'est pas de condition libre. Le serf obéit à un seigneur.

- Songe : " à de rares expressions près, les songes à représentation imagée concernent le déroulement de l’action humaine et n’ont pas de contenu religieux. On constate que certains de ces songes ne constituent pas un élément influant sur l’intrigue. Le plus souvent, sans eux, les choses ne se passeraient pas autrement. Ils peuvent rassurer le héros (quand il s’agit d’annoncer l’arrivée de secours), mais la venue des dits secours n’en est pas accélérée pour autant et le héros - sans le songe - aurait tout aussi bien été tiré d’affaire. Les songes prémonitoires permettent, par définition, au personnage de savoir ce qui va lui arriver, mais point d’y échapper. L’effet produit dans tous les cas est purement psychologique. Mais il me semble que, de surcroît, la psychologie en cause est surtout celle de l’auditeur : il s’agit d’entretenir son intérêt en lui faisant craindre tel ou tel événement ou au contraire de le rassurer quand la tension se fait trop violente. " (p. 517 de Micheline de Combarieu). "Les songes sont fréquents dans les chansons de geste. Ils sont généralement allégoriques ; l'allégorie est empruntée au règne animal au moins deux fois sur trois. (...) Pourquoi si fréquemment des animaux dans les songes ? L'animal hante habituellement les rêves. Les trouvères en trouvaient dans les modèles antiques mais particulièrement dans la Bible : vaches grasses et vaches maigres des songes de Joseph, visions d'Ezéchiel, de Daniel, de l'Apocalypse, etc." (p. 182 de Jean Bichon). " Les songes de la chanson de geste sont prémonitoires, mais en même temps obscurs. Ils jettent dans l’âme de sombres pressentiments mais ne permettent pas d’intervenir pour empêcher les événements de se dérouler. Ils créent cette atmosphère d’inquiétude et d’angoisse qui plane avant les catastrophes et qui se trouvait déjà dans l’épopée homérique. " (p. 183 de Jean Bichon). " Les érudits allemand qui, vers 1880-90, se sont tant occupés des songes dans la littérature épique du moyen âge classent les animaux des songes selon deux points de vue principaux : premièrement, leur dignité : ils conservent dans le songe le rang qu'ils tiennent dans la réalité, et qui dépend de leur force, de leur rapidité, de leur courage et de leur adresse ; deuxièmement, leur rôle d'ami ou d'ennemi par rapport au héros. Le plus souvent, constate-t-on, le rôle d'ami est tenu par le chien, le loup, le faucon ; le rôle d'ennemi par les autres animaux." (p. 186 de Jean Bichon). " Le Tout-Puissant ne se révèle pas sans détour, il ne parle pas aux hommes sans intermédiaire. Dans les chansons de geste, ce sont les songes, avertissements surnaturels, et les anges, envoyés célestes, qui transmettent aux mortels ses indications et ses prescriptions. " (p. 967 de Jean-Claude Vallecalle). " Les songes épiques présentent seulement des signes, et des images, et non pas des événements effectifs ou les actions véritables des personnages dans leur vie réelle. " (p. 980 de Jean-Claude Vallecalle).

T

- Temps : "...nos trouvères se laissent conduire par leur instinct, leur envie de raconter. Aucun d'entre eux ne s'appuie sur une progression narrative qui serait planifiée. Le temps, comme base possible de l'oeuvre, ne les intéresse pas. La chanson de geste, sur ce point, est, certes, à l'image de l'époque mais l'épopée, à cet égard, va plus loin que la réalité. Des bribes de renseignements chronologiques, des notations temporelles distribuées au fil du récit,  à un rythme balbutiant, n'ont jamais constitué une chronologie interne pour une création littéraire, fût-elle médiévale." (p. 723 de Bernard Guidot). "Pendant tout le treizième siècle, les trouvères épiques restent fidèles à la technique narrative du flou chronologique. Le temps et singulièrement la désignation des différentes parties de la journée, n'exerce aucune influence directe sur le cours des événements. La structure temporelle épique reste figée à bien des égards, le poète n'ayant pas su, ou plutôt pas voulu, en tirer parti." (pp. 729-730 de Bernard Guidot).

- Tinel : gros morceau de bois qui sert à porter les seaux. Accessoirement, il peut aussi servir d'arme (c'est le cas pour Rainouart). Il est intéressant de comparer l'arme du héros Rainouart à celle utilisée par Ulysse dans la grotte du Cyclope. Voici d'ailleurs un extrait (chant IX) de L'Odyssée d'Homère qui permettra d'établir ce parallélisme : " Le Cyclope alors, rugissant et sifflant, vers la montagne guida son gras troupeau. Pour moi, je restai là, bâtissant dans le fond de mon coeur de funestes desseins, afin de le punir, si Athéna m'en accordait la gloire. Or voici la décision qui parut la meilleure à mon coeur. Une énorme massue, appartenant au Cyclope, gisait près d'un enclos ; c'était un bois d'olivier encore vert, qu'il avait coupé pour s'en servir une fois qu'il serait sec. Lorsque nous l'avions vu, nous l'avions comparé au mât d'un vaisseau noir à vingt bancs de rameurs, d'un de ces longs bâtiments de transport qui franchissent le grand gouffre des mers ; telle nous apparut, en longueur tant en épaisseur cette massue. Je m'approchai et j'en découpai moi-même la longueur d'une brasse ; puis remettant ce segment à mes compagnons, je leur ordonnai de le dégrossir. Lorsqu'ils l'eurent poli, je vins moi-même l'aiguiser par un bout. Aussitôt après, ayant saisi ce pieu, je le fis durcir dans un feu ardent."

- Tournoi : C'est en quelque sorte la forme édulcorée de la bataille épique. Il apparaît dans la troisième partie du XIIIe siècle et cristallise des rivalités qu’on ne peut séparer des préoccupations amoureuses.

- Trébuchet : C'est une machine de guerre qui sert à abattre les murailles.

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- Tripartition : c'est le schéma élaboré au début du XIe siècle par les évêques français Adalbéron de Laon et Gérard de Cambrai. Il s'agit du schéma des trois "ordres" : ceux qui prient (oratores), ceux qui combattent (bellatores ou pugnatores) et ceux qui travaillent ou cultivent la terre (laboratores, aratores). Ce schéma fonctionnel ignore la complexité réelle de la structure sociale, en privilégiant seulement les éléments fondamentaux de la société féodale (le clergé et les moines, les chevaliers, la paysannerie). Pour approfondir cette question, consulter le précieux ouvrage de Georges Duby. Trifonctionnalité indo-européenne, système des ordines, conceptions féodales et idéal chevaleresque travaillent, à des degrés divers, le texte épique, lequel opère de nombreux déplacements. Ainsi, par exemple, l'archevêque Turpin de La chanson de Roland (appelé le "guerreier Charlun" au vers 2242) qui associe fonctions ecclésiastiques et fonctions guerrières. Dans La chanson d'Aspremont (au vers 9317) il dit lui-même : "...arcevesques sui ge et chevalier". "D'une façon générale, ceux qui travaillent, qu'ils soient paysans ou bourgeois, sont exclus du système des valeurs épiques. Victimes, comme ils l'étaient dans la réalité, des guerres menées par les nobles, ils ne sont présentés de manière positive que s'ils viennent en aide au chevalier. Les chansons de geste ne manquent pas en effet d'hôtes courtois, qui sont des bourgeois ; ces derniers peuvent également veiller sur la petite enfance d'un héros (Enfances Vivien, Florent et Octavien), voire comme dans Hervis de Metz, entrer dans la généalogie du protagoniste. Mais de telles situations sont exploitées de façons à révéler les traits inaliénables de la noblesse : le jeune héros prend rapidement ses distances par rapport au milieu qui ne peut le contenir, le bourgeois ou le vilain montrent des qualités de coeur qui les éloignent de leur groupe social." (pp. 63-64 de François Suard).

- Trône : Pièce de mobilier rare, étant donné qu'il représente le pouvoir suprême, le trône est cependant présent dans presque toutes les chansons. La fixité formulaire est notoire depuis les origines. Le substantif faudestuel, faudestué est consacré par l'usage. Le prestige du siège étincelant rejaillit sur son occupant, souverain chrétien ou émir sarrasin. Certains suzerains de haut rang bénéficient même du privilège d'occuper un trône dans la chanson de geste (comme Aymeri de Narbonne dans le Siège de Barbastre au vers 3435 : Si truevent Aymeri el faudestuel doré...)

- Turold : Auteur présumé de La chanson de Roland.

U

V

- Vassal : Dans le système féodal, "vassal" désigne un homme lié personnellement à un seigneur, dit "suzerain", qui lui concède la possession d'un fief.

- Ventaille : Désigne la partie de la visière des casques clos, par où passait l'air. Aujourd'hui, ce terme s'écrit "ventail".

- Vieillard : Ce n'est pas un personnage familier dans les chansons de geste, à quelques exceptions près, comme celle de Charlemagne. Mais l'empereur (ou, pour donner un autre exemple, le Guillaume du Moniage) est un faux vieillard, qui conserve sa vigueur et son activité.

- Vivien : C'est le neveu de Guillaume d'Orange.

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- Wace : En 1155, cet auteur achève sa traduction en octosyllabes français, appelée Roman de Brut, de l'Historia Britanniae publiée en 1137 par Geoffroy de Monmouth, qui y présentait la geste arthurienne sous le déguisement de l'histoire.

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