LA CHANSON DE LA CROISADE ALBIGEOISE

 

Manuscrits : B.N.F. fr. 25425 (A) (visualiser une reproduction) ; un fragment perdu (R) publié par Raynouard ; un fragment (G) inséré dans des annales quercynoises, sous le titre Esbats sur le pays de Quercy, aujourd'hui à la bibliothèque de Grenoble, n° 1158.

Vers : 9582 alexandrins.

Laisses : 214.

Date de composition : Premier quart du XIIIe siècle.

Langue : Langue d'oc.

Auteur : Guillaume de Tudèle pour le début de la chanson (c'est à dire 131 laisses, soit 2772 vers), auteur anonyme pour la seconde partie (83 laisses, 6810 vers).

Éditions : 1) Claude Fauriel, Histoire de la croisade contre les hérétiques albigeois, écrite en vers provençaux par un poète contemporain, Paris, Collection de documents inédits sur l'histoire de France, 1837.

               2) F. Raynouard, Lexique roman ou Dictionnaire de la langue des troubadours, t. I, Paris, 1838, pp. 226-229. (Fragment du manuscrit R)

               3) Paul Meyer, La chanson de la croisade contre les albigeois, commencée par Guillaume de Tudèle et continuée par un poète anonyme, Paris, 1875-78, 2 volumes. A cette publication, Paul Meyer a ajouté quelques Notes additionnelles au tome II de La chanson de la croisade contre les albigeois, dans l'Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de France, t. XVI, 1879, pp. 286-292.

               4) Eugène Martin-Chabot, Paris, Les Belles Lettres, 1960, 2 volumes.

               5) Le livre de Poche, coll. Lettres Gothiques, Paris, 1989.

Traduction : Il en existe plusieurs mais la meilleure reste sans doute celle contenue dans l'édition d'Eugène Martin-Chabot.

Cette chanson appartient aux deux cycles de la Croisade.

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Voici la première laisse de la chanson : 

El nom del Payre e del Filh e del Sant Esperit

Comensa la cansos que maestre Guilhelms fit,

Us clercs qui fo en Navarra, a Tudela, noirit ;

Pois vint a Montalba, si cum l'estoria dit.

S'i estet onze ans, al dotze s'en issit,

Per la destructio que el conog e vic

En la geomancia, qu'el a lonc temps legit,

E conoc que l païs er ars e destruzit,

Per la fola crezensa qu'avian cosentit,

E que li ric borzes serian anpaubrezit

De lor grans manentias, don eran eriquit,

E que li cavalier s'en irian faizit,

Caitiu, en autras terras, cossiros e marrit.

Per so s'en issit il, cum avez oït ;

Al comte Baudoï cui Jesus gard et guit !

Vint el, a Brunequel, que mon joi l'aculhit,

Puis lo fist far canonge, ses negun contradict,

Del borc Sant Anthoni, qu'el avoit establit,

Ab maestre Taecin, que fort o enantit,  

E Jaufre de Peitius qui lui pas non oblit.

Adonc fit el cest libre es el meteish l'escrit.

Pos que fo comensatz, entro que fo fenit,

No mes en als sa entensa neish a penas dormit.

Lo libre fo be faits e de bos motz complit,

E si l voletz entendre, li gran e li petit,

I poires mot apendre de sen e de bel dit,

Car aisel qui le fe n'a l ventre tot farsit,

E sel qui no l conoish ni no l'a resentit

           Ja no so cujaria.

 

Remarques sur le texte...

 

"A la lecture il apparaît que l'œuvre comprend deux parties, nettement distinctes quant au fond et quant à la forme. Dans la première, les faits sont rapportés objectivement, sans animosité contre le chef de la croisade, Simon de Montfort ; le ton est froid, compassé, le style sans couleur ; la langue est un provençal mélangé de formes françaises. Dans la seconde, la conduite de Simon est jugée avec sévérité, et les sentiments de l'auteur s'expriment en un style vif, imagé ; la langue est pure, semblable à celle qui fut parlée au moyen âge dans la région de Toulouse." (pp. V-VI de l'édition d'Eugène Martin-Chabot).

"Le poème de Guillaume de Tudèle se rattache, par la forme, au genre épique et, par le fond, au genre historique des chroniques en vers." (p. XIV de l'édition d'Eugène Martin-Chabot).

La Chanson d'Antioche fut "le modèle dont Guillaume de Tudèle s'inspira (cf. la laisse 2, vers 1 à 3), et, pour permettre de déclamer son oeuvre sur le même air, il la versifia de la même manière, en alexandrins, répartis en couplets ou laisses se terminant chaque fois par un vers plus court, de six syllabes." (p. XV de l'édition d' Eugène Martin-Chabot).

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