LION DE BOURGES

 

Manuscrit : B.N.F. fr. 22555 (visualiser une reproduction) folios 1 recto à 183 verso (ms. P) ; B.N.F. fr 351 (ancien fond français 6971) (ms. F).

Vers : 34298 alexandrins pour le ms. P. Autrement, dans le ms. F, la plus grande partie du texte est composé en octosyllabes à rimes plates, quelques sections sont en décasyllabes et on trouve même une longue section en alexandrins.

Laisses : 697.

Date de composition : XIVe siècle. Aux alentours de 1350 vraisemblablement.

Langue : Picarde.

Édition : W. W. Kibler, J.-L. Picherit et Th. Fenster, Genève, Droz, 1980.

Cette chanson n'appartient à aucun cycle.

Pour consulter la liste des ouvrages critiques et autres articles sur cette chanson, cliquez ici.

 

Résumé de la chanson :

Le jour de la fête de la Pentecôte, tous les barons de Charlemagne sont réunis à sa cour, sauf Herpin de Bourges. Clariant, oncle de Ganelon, accuse Herpin de déloyauté envers l'empereur. Herpin apprend la trahison au moment où il arrive à la cour et il châtie Clariant de sa perfide accusation. Charlemagne veut venger la mort de Clariant en condamnant Herpin à la peine capitale. Grâce à l'intervention d'Alis, femme d'Herpin, d'Ogier le Danois et de Naimes de Bavières, la sentence est commuée en bannissement de Bourges et du royaume de France. Herpin annonce à son entourage son départ pour l'exil et il promet que si l'enfant que sa femme attend est un fils, celui-ci reviendra à Bourges pour recouvrer son héritage. Les habitants de la ville le reconnaîtront quand il sonnera le cor qui est gardé au palais de Bourges, car seul l'héritier légitime est capable de le sonner (vers 1 à 276).

Herpin et sa femme traversent le Berry, puis pénètrent en Lombardie. Au cours de la traversée d'une forêt, Alis accouche d'un fils en l'absence d'Herpin qui est toujours à la recherche d'une sage-femme. L'enfant porte la marque d'une croix rouge sur l'épaule droite, indice de ses origines nobles. Avant le retour d'Herpin, trois brigands enlèvent Alis et abandonnent l'enfant. Quatre fées rendent visite au nourrisson et l'emmaillotent. Elles lui prédisent prouesse, renom, fortune et protection. Après le départ des fées, une lionne ramène l'enfant dans son repaire et l'y nourrit (vers 277 à 448).

Herpin retourne à l'endroit où il avait laissé Alis. La disparition de sa femme le plonge dans le désespoir. Après avoir échappé à une violente tempête, Herpin se dirige vers la ville de Florence (vers 449 à 501).

Au cours d'une partie de chasse, Bauduyn de Monclin découvre l'enfant dans le repaire de la lionne. Bauduyn reconnaît la croix rouge qui marque l'épaule de l'enfant, et il décide donc de ramener celui-ci à son château où il l'élève comme son fils -après l'avoir fait baptiser "Lion" en souvenir de la lionne qui l'avait protégé et nourri (vers 502 à 615).

Les trois brigands qui avaient enlevé Alis en viennent aux mains et se tuent, car chacun prétend s'octroyer les faveurs d'Alis. Celle-ci en profite pour revêtir les habits des brigands et, ainsi déguisée, elle s'embarque dans le port le plus proche sur un navire en partance pour la Terre Sainte, dans l'espoir d'y retrouver Herpin. Une violente tempête surprend les navires et les détruit, à l'exception de celui dans lequel Alis s'est embarquée. Il aborde la côte d'Espagne ; Alis se dirige vers Tolède où elle est engagée en tant qu'aide-cuisinier de l'émir de Castille (vers 617 à 793).

Herpin s'arrête dans une abbaye, près de Florence. L'abbé est un compatriote originaire de Brie qui connaissait bien Herpin. Il l'accompagne jusqu'à une forêt qui entoure Rome pour y fonder un ermitage (vers 784 à 890).

Lion grandit au château de Monclin et commence à s'enthousiasmer pour les tournois. Il y fait preuve de grande vaillance et il en rapporte souvent le prix, mais sa largesse entraîne la ruine de son père adoptif. Un jour de Pentecôte, à son retour de Bresse où il vient de participer à un nouveau tournoi, Lion annonce à Bauduyn qu'il a invité ses amis à participer à des joutes qu'il se propose d'organiser à Monclin. C'est alors que Bauduyn se sent obligé de dévoiler sa situation financière désespérée. Lion en est réduit à se débarrasser de sa suite pendant un an et à assister seul aux tournois (vers 891 à 1108).

Lion apprend qu'un grand tournoi doit avoir lieu à Monlusant en Sicile et que le prix en sera la main de la fille du roi, seule héritière du royaume. Malgré son dénuement, Lion décide de participer aux joutes, ainsi que le sénéchal de Florence qui offre à Lion de devenir son champion. Bauduyn accepte, mais Lion, hautain, refuse et défie le sénéchal (vers 1109 à 1413).

Toujours déguisée en homme, Alis prend le nom de Ballian d'Aragonne. Elle apprend l'arabe et travaille pendant dix-huit ans dans les cuisines de l'émir de Tolède. Marsilie, l'ennemi de Roland à Roncevaux, assiège Tolède. Son champion, le géant Lucien, se vante de pouvoir affronter six hommes ensemble. Personne n'ose relever le défi jusqu'à ce que Ballian apprenne, en rêve, que Jésus l'a choisie pour aller abattre le géant. Elle s'acquitte de sa mission et ramène avec elle, comme preuve de son exploit, la langue du géant Lucien. Ballian regagne subrepticement les cuisines de l'émir, jusqu'au moment où un chevalier présente la tête du géant et réclame la récompense promise à celui qui tuerait Lucien. Ballian intervient et fait reconnaître ses droits à la victoire après avoir défait l'imposteur en combat singulier. Ballian est nommée sénéchal et maréchal de Tolède, puis conduit une sortie contre Marsilie et réussit à lui imposer une trêve de deux ans (vers 1414 à 2291).

Florie, fille de l'émir de Tolède, tombe amoureuse du vaillant Ballian. Elle ne peut comprendre la réserve que Ballian affiche à son égard, jusqu'au moment où ce dernier est contraint de révéler sa véritable condition. A l'annonce de cette nouvelle extraordinaire, l'émir de Tolède décide dépouser Alis. Pendant la nuit qui précède le mariage, Alis prie pour que lui soit épargnée cette union sacrilège, car elle a appris qu'Herpin est toujours en vie. Une voix venant du ciel l'incite à fuir, à se déguiser en mendiante et à errer dans les rues de Tolède (vers 2292 à 2767).

Le jour suivant, l'émir constate la disparition d'Alis. Il accuse Florie de s'être débarrassée d'elle et il menace de faire exécuter sa fille, lorsque deux magiciens, Gombaut et Mandait, apprennent à l'émir que Florie est innocente, qu'Alis est chrétienne et qu'elle a un fils, Lion. L'émir accepte leur parole et il libère Florie (vers 2768 à 2881).

Dans la forêt de Romennie, Herpin et l'abbé ont passé dix-huit ans dans leur ermitage à prier pour l'âme d'Alis, lorsqu'ils sont attaqués par les Sarrasins. L'abbé est tué, tandis qu'Herpin abat les quatre assaillants, puis il revêt leur armure et se dirige vers Rome qui est menacée vers la gent païenne. Herpin tue le sultan d'Acre, l'émir de Palerme, pui il met l'armée païenne en déroute. Le pape honore Herpin et lui remet une bague magique en témoignage de sa reconnaissance. Ces marques d'attention font naître une jalousie implacable dans le coeur de Gaudiffer, chef des troupes chrétiennes et ancien favori du pape. Bien décidé à se débarrasser de son rival, Gaudiffer invite Herpin à faire un pèlerinage en sa compagnie. Au cours de la première nuit, alors qu'Herpin est endormi, Gaudiffer lui vole sa bague magique. Le lendemain, dans le port de Brindisi, Gaudiffer réussit à saisir Herpin et à le vendre à des marchands païens faisant escale dans le port. Le navier conduit les prisonniers jusque dans les geôles du roi de Chypre qui fait cadeau de quelques-uns d'entre eux - parmi lesquels figure Herpin - à l'émir de Tolède. Florie intervient pour sauver la vie de ces prisonniers, rappelant à l'émir qu'ils pourraient être utiles contre Marsilie, comme l'avait été le chrétien Ballian (vers 2882 à 3597).

Peu avant le début du tournoi de Monlusant, Lion demande à Bauduyn de lui fournir une monture digne d'une telle épreuve. La situation financière de Bauduyn étant toujours désespérée, celui-ci décide de dévoiler à Lion qu'il n'est pas son véritable père. Lion décide alors de partir à la recherche de ses parents, emportant avec lui la pièce de soie dans laquelle il avait été enveloppé. Avant son départ, il convainc Bauduyn de l'armer chevalier, et il lui promet de rembourser tout ce qu'il a gaspillé (vers 3598 à 4051).

Un espion va avertir le sénéchal de Florence que Lion est sur le point de se mettre en route pour aller participer au tournoi de Monlusant. Prévenu de la menace qui pèsera sur lui, le sénéchal monte une embuscade contre Lion au cours de laquelle ce dernier est fait prisonnier. Le geôlier Thiéry libère Lion et décide de l'accompagner au tournoi. Le quatrième jour de leur voyage, Lion et Thiéry sont assaillis par quatorze brigands, et Thiéry est tué. Lion recueille le corps de son ami et le fait ensevelir chrétiennement (vers 4052 à 4554).

En route vers Monlusant, Lion rencontre Ganor, écuyer qui avait jadis servi Herpin et Alis. Après avoir remarqué la ressemblance frappante qui existe entre Lion et ses parents, Ganor raconte comment Herpin et Alis ont été bannis de Bourges et du royaume de France, et comment il les recherche depuis quinze ans. Lion promet de joindre ses efforts à ceux de l'écuyer, mais seulement après le tournoi de Monlusant. Ganor accepte d'accompagner Lion jusqu'en Sicile. Au cours d'une courte halte dans une chapelle qui se trouve à l'extérieur de Monlusant, Lion apprend que son père est probablement l'ermite qui vit à proximité de Rome. Ganor voudrait partir immédiatement sur cette piste, mais Lion décide de repousser le départ jusqu'à la fin du tournoi. Peu impressionnés par l'équipement de Lion, tous les aubergistes de Monlusant refusent de le loger ; mais lorsque Lion accepte de payer de ses propres deniers les obsèques d'un chevalier endetté et dont le corps a été gardé en gage par un aubergiste, celui-ci accepte d'héberger Lion (vers 4555 à 5174).

Plusieurs jours après les obsèques, Lion invite tous les chevaliers qui vont participer au tournoi à une grande fête préparée par Thiéry, l'aubergiste de Lion. Notre héros essaie de rassurer Thiéry en lui certifiant qu'il sera en mesure de payer toutes les dépenses. Au cours de l'après-midi, tous les participants au tournoi défilent devant la princesse Florantine, l'enjeu de la rencontre. Florantine admire les nombreux chevaliers : le duc de Genève, le fils de l'empereur de Constantinople... mais c'est Lion qui retient son attention, et c'est à lui qu'elle offre sa couronne de roses. Lion retourne jusqu'à son auberge où une assemblée de chevaliers l'attend. Parmi eux, le duc Raymond de Vauvenisse demande à Lion de se battre pour lui pendant le tournoi. Lion refuse mais accepte de faire cause commune avec lui. Après le fête et le grand dîner offerts par Lion, les chevaliers proposent de payer leur part, mais Lion refuse (vers 5175 à 5729).

Ici, nous avons un retour en arrière au cours duquel l'auteur relate l'origine du cor magique conservé au palais de Bourges : du temps du roi Clovis, les quatorze fils du duc régnant se disputaient leur héritage. Douze furent tués et, pour éviter la mort des deux derniers, le duc proclama que celui qui pourrait sonner le cor serait l'héritier légitime. Le plus jeune échoua dans a tentative et décida de se retirer au profit de son frère aîné (vers 5730 à 5798).

Cette nuit-là, Florantine envoie sa demoiselle de compagnie, Marie, jusqu'à l'auberge afin de lui ramener Lion. Florantine et Lion parlent d'amour jusqu'à une heure avancée de la nuit. Lion lui promet son amour, tandis que Florantine fait de lui son champion et lui donne une bague. Lion passe la nuit dans les appartements de Florantine pendant que celle-ci dépêche Marie auprès de l'aubergiste pour lui faire savoir qu'il doit fournir à Lion tout ce dont il a besoin. Lorsque Lion rejoint l'auberge, il est surpris par l'attitude bienveillante de l'aubergiste et il décide d'en profiter en annonçant une nouvelle fête pour le soir même (vers 5799 à 6454).

Peu avant l'ouverture du tournoi, Dieu envoie à Lion un compagnon loyal, tout de blanc vêtu, monté sur un destrier blanc. Le Blanc Chevalier offre de se joindre à Lion pendant le tournoi et de diviser tous les gains. Lion accepte de tout partager, mais en excluant Florantine de l'accord. Lion et le Blanc Chevalier - qui n'est autre que le chevalier que Lion avait fait ensevelir chrétiennement - se distinguent au cours du tournoi contre une coalition formée par le duc de Calabre, le sénéchal de Florence et le prince de Tarante (vers 6455 à 7206).

 

 

 

 

 

Début du ms. F

Icy ce commance l'histoire

Et vray rommant ample et notoire

Du riche et puissant duc Lyon.

Retour au Sommaire